Vu par Zibeline

La reprise du Roméo et Juliette d'Angelin Preljocaj offre une relecture plus sensible de l'oeuvre...

Un monument aux vivants

• 8 juillet 2016⇒9 juillet 2016 •
La reprise du Roméo et Juliette d'Angelin Preljocaj offre une relecture plus sensible de l'oeuvre... - Zibeline

Comment aborder une pièce chorégraphique devenue au fil du temps quasi-muséale ? Quel regard porter sur une évidence indemne de toute poussière ? Pas un grain en effet et même semble-t-il un allégement sensible qui préserve la jeunesse éternelle de l’œuvre. Douceur de la nuit à Châteauvallon ? Foule qui se presse, tranquille et confiante ? Le Roméo et Juliette d’Angelin Preljocaj (Sergueï Prokofiev y est fort intelligemment servi  sinon sublimé) créé il y a 20 ans pour 24 interprètes et primé en 1997 aux Victoires de la Musique ne fait pas événement mais confirmation en mouvement. Moins d’éclats de lumière et d’arpentages de mirador avec chien, la violence est réinsufflée dans l’énergie du dedans et les décors et costumes d’Enki Bilal auxquels Fred Sathal ajoute sa touche fluide se sont détachés d’un contexte trop identifiable. Juliette appartient toujours au clan des dominants à la raideur militaire dont le Tybalt puissant de Marius Delcourt évoque la brutalité aveugle, Roméo et Mercutio –   Fran Sanchez a la souplesse et le ressort malicieux- sortent des trous du « mur » pour se faire matraquer ; les scènes d’affrontement réglées à la micro-seconde font bien sûr écho à West-Side Story et c’est peut-être aussi ce jeu avec la forme plus populaire de la comédie musicale qui procure un plaisir certain. La lisibilité du mythe et du geste dansé  empruntent au classicisme l’engagement des corps au service de l’émotion ; la jeunesse, l’allant, la beauté des deux interprètes-titres Jean-Charles Jousni et Emilie Lalande, la grâce maladroite et impeccablement interprétée dans les débords du désir spontané, le désarroi face au corps sans vie de l’un  que l’autre essaie de ranimer comme le font les enfants qui jouent au mort…tout cela touche immédiatement et parle à tout le monde. Le contrepoint ironique des deux nourrices aux seins pointus, le final  dans la lumière de la mort rassemblent un public déjà conquis. Rendez-vous dans 20 ans encore… le bel âge !!!

MARIE JO DHO
Juillet 2016

Roméo et Juliette  chorégraphie d’Angelin Preljocaj a été présenté à Châteauvallon le vendredi 8 et le samedi 9 juillet

crédit photo J-C Carbonne


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