Sandrine Collette signe, avec Il reste la poussière, un superbe roman américain

Un monde sans pitiéLu par Zibeline

• 16 mars 2016⇒19 mars 2016 •
Sandrine Collette signe, avec Il reste la poussière, un superbe roman américain - Zibeline

« Magistral ». Ce genre d’adjectif sur le bandeau d’un roman nouvellement paru a tout du coup de pub. Pourtant, cette fois-ci, le qualificatif convient parfaitement. Sandrine Collette signe avec Il reste la poussière un roman proprement magistral. Et dont les paysages, les personnages et la langue restent longtemps en tête après qu’on l’a refermé.

Sandrine Collette avait déjà été remarquée en 2013 grâce à Des nœuds d’acier, Grand Prix de Littérature policière et lauréat du Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région Bourgogne. Elle quitte aujourd’hui la France des campagnes pour les grands espaces sud-américains. L’action d’Il reste la poussière se déroule en Patagonie sur « la lande à perte de vue, aride et plate, si sèche que les arbres l’avaient désertée… » à une période indéterminée qu’on devine être celle des grands changements économiques, qui ont vu les petites fermes progressivement remplacées par d’immenses domaines voués à l’agriculture et à l’élevage intensifs.

Dans cet espace immense, on pourrait imaginer une fiction débridée, pleine de vent dans les cheveux, ivre de liberté. Il n’en est rien. Sur cette terre hostile, dans une estancia éloignée de tout, une famille survit, au prix d’un labeur acharné. Surveillance des troupeaux, tonte, travail de la terre, réparations diverses, toute l’année on trime, en gagnant toujours moins. La famille est composée de la mère et de ses quatre garçons (depuis que le père a mystérieusement disparu). La mère, une sorte de Ma Dalton (en moins drôle), tient ses fils sous sa férule, ne les quitte pas des yeux : « Tout est sauvage et animal, jusqu’au regard qu’elle porte sur eux. » Dans ce lieu ouvert aux vents glacés de la plaine et pourtant fermé, pas de tendresse et peu de mots. Les fils sont les dignes rejetons de cette mère féroce. Deux aînés jumeaux durs à la tâche et brutaux, qui martyrisent le troisième surnommé « le débile », et surtout « le petit » Rafael. C’est pourtant de lui que viendra le changement… Sortir du cercle de la haine, secouer le joug, c’est lui, petit Poucet pas si rêveur, qui le fera.

La langue de Collette est magnifique. Elle claque comme le fouet sur le dos des bêtes ; elle siffle comme le vent sur la pampa. Précise comme les gestes des vaqueros, âpre comme les personnages et l’existence qu’ils sont contraints de mener, sauvage comme les grands espaces. On est emporté par ces mots, dans ce monde tout sauf pittoresque. Un univers noir et poussiéreux, où pourtant jaillira la lumière. Car le roman est aussi une jolie parabole sur les méfaits de l’argent et l’importance de la liberté…

FRED ROBERT
Mars 2016

Il reste la poussière
Sandrine Collette
éditions Denoël, collection Sueurs froides, 19,90 €

La romancière sera présente dans des librairies de la région du 16 au 19 mars. Plusieurs rencontres sont organisées dans le cadre des Nouvelles Itinérances proposées par l’association Libraires du Sud.

Renseignements sur librairie-paca.com ou contact@librairesdusud.com