Modèles de Pauline Bureau : une pièce-tiroir libératrice pour témoigner de la construction de la féminité

Un modèle du genre !Vu par Zibeline

• 13 janvier 2015 •
Modèles de Pauline Bureau : une pièce-tiroir libératrice pour témoigner de la construction de la féminité - Zibeline

Pour interroger la construction de la féminité, Pauline Bureau a entremêlé dans sa pièce Modèles, des témoignages intimes collectés au sein même de son équipe de création et une reconstitution d’entretiens d’auteurs référents filmés en direct (Bourdieu, Duras…) ; elle signe un modèle de théâtre documentaire, autant qu’un remarquable manifeste féministe sans toutefois formuler de revendications, juste confronter le réel ! «Je suis féministe» est ainsi, bien sûr, la chute avouée de ce chœur de femmes (cinq comédiennes, inégales mais sincères) qui se racontent, telles qu’elle sont, avec leurs failles et leurs forces, leurs poids familiaux, leurs blessures, mais aussi, et heureusement, leur clairvoyance et leurs désirs. La metteure en scène ausculte de manière synthétique et chronologique la manière, consciente et inconsciente, dont elles sont devenues femmes, dans une société gérée par des hommes et/ou construite sur des clichés qui ont la vie dure. D’où une déferlante de poncifs (inévitables, mais vrais !), d’une drôlerie libératrice, parfois franchement émouvants ou gentiment décadents qui, sans avoir l’air d’accuser, enfoncent des clous pour mieux les démonter. De l’enfance avec leurs jouets de bonnes ménagères et leurs espoirs de princesses ou d’aventurières, à l’adolescence où, pas toujours modèles ni vraiment top models, certaines se sentaient «rien» plutôt que sexuée, et d’autres apprenaient le droit à la jouissance, elles racontent leurs histoires de «bonnes femmes», de corps, de sang, de luttes et nous font oublier le montage alterné très systématique -elles témoignent en ligne puis enchaînent avec une chanson ou un entretien-. Les premières règles, les premières fois, les nouveaux plaisirs et l’apprentissage des déceptions… pendant que l’une cite Baise-moi de Despentes ou que l’autre chante Fuck you de Lily Allen, elles poursuivent inlassablement le récit : l’éducation, la maison, le burn-out de la mère de famille parfaite, le viol et ses non-dits, l’ivg et la honte, la culpabilité, les tabous, l’accès aux pouvoirs, les salaires supérieurs, les inégalités flagrantes… Des modèles de femmes, qui tiennent tête haute souvent, craquèlent parfois et vibrent d’une vérité intense et de leurs différences, toujours.

DELPHINE MICHELANGELI
Janvier 2015

Modèles a été joué à La Garance-Scène nationale de Cavaillon le 13 janvier

Photo : Modèles © Pierre Grosbois

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