Vu par Zibeline

Mockumentary of a saviour vu à hTh, domaine de Grammont, à Montpellier

Un Mockumentary d’enfer

Mockumentary of a saviour vu à hTh, domaine de Grammont, à Montpellier - Zibeline

Claquements de doigts. Très vite, la salle répond : claquements de doigts généralisés. Saïd Gharbi, comédien danseur complice de longue date de Wim Vandekeybus ouvre Mockumentary of a saviour en robe de bure. Il baisse les mains. Silence. « Pourquoi Dieu nous a-t-il créés ? Pour jouer avec nous. » Le spectacle du chorégraphe multi styles et multi succès annonce d’emblée la couleur : il sera religieux. Il y sera question d’un sauveur. Un mocumentaire : une forme détournée pour aborder le sujet par le biais de la fiction. Ils sont six sur la scène, sous un cercle-couvercle oppressant. Le ciel, les cieux, le mystère, le pouvoir invisible. Des corps disparates. Le gigantesque Flavio D’Andrea, qui se désole chaque fois qu’il envoie bouler Yun Liu, aussi menue qu’effrayante lorsqu’elle développe ses gestes d’arts martiaux. Il pleure et recommence aussitôt. Elle valdingue et se relève. Ronde infernale. Anabel Lopez est enceinte jusqu’aux yeux. Ce n’est pas un costume, l’accouchement est imminent. Jason Quarles, impérial, et Maria Kolegova, maigre et douce à la fois, complètent ce groupe humain improbable, en dehors de tout, microcosme à eux seuls. Le temps s’est arrêté, ils ne savent pas ce qu’ils attendent. Et puis un corps tombe du ciel. Gros ventre à l’air, sorti de sa combinaison orange. « C’est peut-être un signe d’espoir ? » Beaucoup de suppositions (texte Bart Meuleman). Et soudain l’homme se relève ! Stupeur sur le plateau, saisissement dans la salle (tombé de plusieurs mètres, surgi de nulle part, cela ne pouvait être qu’un mannequin !). Wouter Bruneel est le septième élu. Un psychologue sauvé par le messie, extrait d’un monde invivable, choisi pour évoluer dans celui-ci, sans début ni fin, sans but, mais pourquoi ? « I want to feel ! » clame l’un d’eux. Alors ça hurle, ça roule, ça danse (très bien), ça se triture les sens et les méninges. La musique embrase le tout (Charo Calvo, avec Manuel Poletti de l’IRCAM), le ciel tombe sur les têtes, le messie a la voix d’un enfant perdu. Et puis ça y est, tout s’éclaire : ils montent dans les travées et nous passent le message : « Quelqu’un vous aime ». Ouf, on est sauvés. Claquements de doigts.

ANNA ZISMAN
Mai 2018

Mockumentary of a saviour a été joué les 11 et 12 avril à hTh, domaine de Grammont, Montpellier

Photo : © Danny Willems