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Vu par Zibeline

L'Aiguille et l'opium, ou l'étonnante connexion entre Cocteau et Miles Davis, à travers le regard de Robert Lepage

Un Lepage historique

L'Aiguille et l'opium, ou l'étonnante connexion entre Cocteau et Miles Davis, à travers le regard de Robert Lepage - Zibeline

Robert Lepage est, au Québec et pas seulement, un metteur en scène historique et L’Aiguille et l’opium un spectacle de référence. Il rapproche la figure de Jean Cocteau, qui découvre New York et vient de rompre avec Radiguet, de celle de Miles Davis, qui la même année est à Paris, et quitte Juliette Greco. Les deux actions, à travers ciel, sont reliées par le personnage de Robert, visiblement autobiographique, à Paris pour doubler un documentaire sur Miles Davis, et lui même en pleine rupture amoureuse.

Tout se passe dans un cube qui se transforme, d’illusions en illusions, en chambres d’hôtel, studio d’enregistrement, arrière salle de café. Le cube tourne sur lui même, et les ouvertures se métamorphosent en portes, fenêtres, écran, lit déplié… les acteurs se déplaçant, harnachés, à travers cet espace constamment mouvant. L’exploit technique est époustouflant, de nos jours encore, et ce spectacle qui a 25 ans n’a à cet égard pas pris la moindre ridule.

Le jeune acteur, Olivier Lenormand, qui remplace l’historique Marc Labrèche, vedette au Québec, est formidable, incarnant Cocteau avec un accent parisien suranné extrêmement réaliste, s’envolant entre deux ciels, drôle lorsqu’il double l’anglais en prenant l’accent français, émouvant lorsqu’il parle à sa femme perdue… Pourtant, si le spectacle est visuellement magnifique, l’analogie entre ces histoires d’amour, ce rapport entre Paris et New York, le thème même des grands hommes et de leurs histoires amoureuses, reste aujourd’hui un peu étranger, comme un biopic passé de l’écran à la scène.

Pas assez loin pour être aimé comme du répertoire, pas assez proche pour qu’on soit concerné. L’ajout, par rapport à la version de 1991, d’un acteur trompettiste incarnant Miles Davis, et d’une silhouette évoquant Juliette Gréco, enlève sans doute un peu de magie à ce seul-en-scène. Au théâtre de l’illusion absolue, on préfère aujourd’hui celui qui montre sa facture, et ses coulisses. À tort ?

AGNÈS FRESCHEL
Décembre 2016

L’Aiguille et l’opium (2013) a été joué aux Salins, Martigues, les 15 et 16 novembre

Photo : © X D R


Théâtre des Salins
19 Quai Paul Doumer
13692 Martigues
04 42 49 02 01
www.les-salins.net