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Vu par Zibeline

Pur moment de théâtre de Dieudonné Niangouna aux 13 vents de Montpellier

Un Kung-Fu qui frappe fort

Pur moment de théâtre de Dieudonné Niangouna aux 13 vents de Montpellier - Zibeline

« Voilà ce qu’il s’est passé », cette petite phrase, scandée, assenée -pour raconter en effet comment les choses se sont déroulées lorsque Dieudonné Niangouna a fondé avec sa compagnie Les Bruits de la Rue (ceux des bombes et des rafales de kalachnikovs pendant la guerre civile du Congo) le festival Mantsina à Brazzaville (en 2004)-, le comédien la répète autant de fois qu’il lui faudra pour relater les réactions, toutes négatives, méfiantes ou moqueuses, des édiles locaux, des fonctionnaires de l’Institut français, des voisins de quartier… Raconter ; conter ; exposer.

L’auteur explique les faits : enfant rêveur, il se faisait régulièrement battre à coup de chicotte à l’école ; enfant imaginatif, il s’embarquait joyeusement dans les centaines de films qu’il voyait en famille ; enfant candide, il croyait dur comme fer qu’il partirait apprendre le kung-fu au temple Shaolin, pour jouer ensuite dans les films que produirait son père.

Tout ne s’est pas passé exactement comme prévu, mais Niangouna est bien là, seul sur scène, fantastique diffuseur d’énergie, faisant le pont entre Afrique et Occident, le français comme vecteur, l’amour du cinéma comme terreau de récits à porter au théâtre. Passeur d’histoires, celles du 7e art vers le plateau, passeur de passion, il a proposé dans un appel à participation lancé en amont de la re-création de sa pièce Le Kung-Fu de tourner, avec les moyens du bord, une scène de leur film préféré à des amateurs volontaires.

Et donc, sur un carré de drap tendu sur une structure d’échafaudage, passent des images des Demoiselles de Rochefort, Fight club, Laurence anyway (les habits qui tombent du ciel), Un homme et une femme (un couple mûr s’embrasse et tournoie sur la plage de Palavas-les-Flots)…

Les histoires se croisent, aléatoires, les seconds, troisièmes degrés s’ajoutent au premier, dans un hommage à l’invention qui célèbre autant la réinterprétation que la fidélité, où l’imaginaire soudain se concrétise, où on s’approprient les héros -où finalement tout est possible. Même de monter sur scène, lire et crier avec Niangouna, lors d’un mémorable moment improvisé avec les lycéens venus en nombre partager ce pur moment de théâtre.

ANNA ZISMAN
Décembre 2018

Le Kung-Fu a été recréé du 4 au 7 décembre à Montpellier au Théâtre des 13 vents, où Dieudonné Niangouna est l’un des artistes associés

Photo : -c- Christophe Raynaud de Lage