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Dans la solitude des champs de coton, version mitigée de la pièce de Koltès mise en scène par Charles Berling

Un Koltès bien pâle… 

Dans la solitude des champs de coton, version mitigée de la pièce de Koltès mise en scène par Charles Berling - Zibeline

L’ombre magnifique de Patrice Chéreau a-t-elle eu raison de Charles Berling qui reprend, trente ans après sa création, la pièce de Bernard-Marie Koltès Dans la solitude des champs de coton et son mythique duo avec Pascal Grégory ? Certainement, tant il semble s’être laissé « écraser » par son illustre prédécesseur, prenant le contre-pied de sa mise en scène sans jamais atteindre la tension paroxystique qui lie le dealer au client.

Au dispositif bifrontal qui plaçait le public au plus près des acteurs, au décor nu d’un hangar désaffecté qui amplifiait la violence de la situation, au face à face physique d’une rare intensité animale, Charles Berling a préféré construire un décor monumental qui étouffe la rencontre et asphyxie les relations. La construction d’une passerelle entre le plateau et la salle ne suffit pas à intégrer le public : il reste à la marge. D’autant que si Mata Gabin impose sa présence par son jeu monolithique et son phrasé volontaire, l’acteur se réfugie dans une fragilité permanente et une incertitude rarement transgressées.

Pas hésitant, corps fléchissant, se balançant continuellement d’un pied sur l’autre, voix tremblante ponctuée de silences, toujours victime. Or c’est une rencontre à forces égales entre le dealer et le client qui se joue dans la nuit, chacun dominant l’autre mentalement, physiquement, tour à tour… L’objet de la transaction est inconnu, pourtant Koltès ne parle que de désir et de sexe.

Ici, pas de danse macabre ni de quête sexuelle, Charles Berling a gommé l’essentiel en mettant une éternelle distance entre celui qui désire et celui procure. Il reste « en suspension, en déplacement, hors jeu, hors vie » sans jamais se départir de sa peur. Or dans l’approche préalable au deal, l’homme et l’animal se ressemblent : ils se reniflent, se jaugent, se caressent, combattent au corps à corps. Cette vision de la pièce de Koltès est édulcorée, dommage.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Décembre 2016

Dans la solitude des champs de coton a été créé au Théâtre national de Strasbourg du 1er au 11 octobre, et repris au Liberté, scène nationale de Toulon du 8 au 11 novembre

Photo : © Jean-Louis Fernandez


Théâtre Liberté
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