Les Rencontres Films Femmes Méditerranée ont présenté Araf de Yeşim Ustaoğlu, un film qui en dit long sur la Turquie d’aujourd’hui.

Un jeune homme invisibleVu par Zibeline

• 11 octobre 2014 •
Les Rencontres Films Femmes Méditerranée ont présenté Araf de Yeşim Ustaoğlu, un film qui en dit long sur la Turquie d’aujourd’hui. - Zibeline

«Un jeune homme invisible…dans une ville enfumée ». C’est l’autoportrait, ironique, désabusé que dresse de lui-même Olgun, l’un des protagonistes d’Araf , film de la réalisatrice turque Yeşim Ustaoğlu, sorti en Juillet 2014 mais inédit à Marseille. Les Rencontres Films Femmes Méditerranée ont opportunément réparé cette injustice, le 11 octobre, au cinéma Le Prado. Plus qu’une traduction, le titre mérite une glose : c’est le purgatoire, mais aussi les limbes, ou quelque part entre deux. Ce «quelque part» est géographique : un restaurant au bord de la dangereuse autoroute reliant Istanbul à Ankara, lieu de passage par excellence. Là, travaillent Olgun et la lumineuse Zehra dont il est amoureux mais qui sera séduite par Mahur, un ténébreux routier. A l’extérieur du restaurant froid et aseptisé, ce ne sont que pluies, neige, verglas, sols détrempés, boues. Plus loin, la petite ville sidérurgique de Gerede dans la province de Bolu, à l’industrie vieillissante vomit en pure perte son acier en fusion. Un entre-deux semblable à un pays où coexistent difficilement tradition et extrême modernité. Pour ces jeunes gens, le destin se met en branle, inexorablement, cruellement et les images deviennent terribles, à la limite du supportable, reflets de la violence que cette société inflige à sa jeunesse, et à ces femmes, qui, comme Zehra, ou son amie Derya, condamnées à devenir mère de famille soumise, ou putain, osent disposer de leur corps. Amère sera la chute. Ce film, sans paraître militant, en dit beaucoup sur la Turquie d’aujourd’hui, paradoxale héritière d’un Atatürk qui avait inscrit laïcité et émancipation féminine à son projet, qui avait instauré le 19 mai un jour férié : le « Gençlik Bayram », consacré à la fête de la jeunesse. Cette jeunesse que l’actualité nous a révélée sur la Place Taksim, est désormais en détresse comme Olgun, Zehra, Derya.

Araf méritait bien d’être programmé et Yeşim Ustaoğlu dont c’est le 5ème long métrage est une cinéaste à suivre.

ANDRÉ GILLES

Octobre 2014

Crédit : trigon-film

Cinéma le Prado
36 Avenue du Prado
13006 Marseille
04 91 37 66 83
http://www.cinema-leprado.fr/