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Rencontre avec Mehran Tamadon au festival La Première Fois

Un Iranien à Marseille

• 26 février 2019⇒3 mars 2019 •
Rencontre avec Mehran Tamadon au festival La Première Fois - Zibeline

Le 26 février, après une introduction collective et engagée, dans la salle bien remplie du Gyptis, l’équipe du festival La Première fois a présenté l’Invité d’honneur de cette 10e édition, le cinéaste iranien Mehran Tamadon. Avant de donner sa master class à l’Alcazar, le lendemain, il a introduit le film, que l’équipe des Films du Gabian avait choisi pour l’ouverture, Bassidji (2009).

« Il faut oser faire les choses avec peu de choses, une caméra, un micro… Il faut le désir de raconter et de montrer. Ne pas être trop prudent. Si on ne réfléchit pas trop, tout peut advenir. Ce film est aussi de l’imprudence. Au départ, j’avais une intention anthropologique et j’ai vu que ce n’était pas possible. Ce qui a fait évoluer ma posture au fil du tournage. »

Tourné pendant deux ans, Bassidji, qui nous plonge au cœur des soutiens les plus radicaux de la République islamique d’Iran, est un film sur l’Autre, sur la manière dont on peut lui parler ; un film sur la distance entre celui qu’on approche, ou qu’on voit, et nous. Et cette distance, on peut la percevoir par la construction même du film, dans lequel on entre, très lentement, par un très beau plan fixe, géométrique : sur une ligne droite, passent dans le cadre une silhouette de femme en noir, puis une autre, des hommes, alors qu’un drapeau vert flotte au vent. Par l’élargissement du champ, on découvre un plateau où déambulent des hommes, des femmes en tchador et des enfants. On apprend que nous sommes à la frontière Iran – Irak et que c’est l’Achoura (commémoration du martyr de l’Iman Hussein et de ses compagnons à Kerbala). La caméra s’approche et l’on voit et entend des hommes qui prononcent des prières pour les martyrs, litanies perpétuant le roman national. Car c’est une des motivations de cet architecte, devenu cinéaste : filmer comment avec la parole on écrit le roman national. Sa démarche, au départ anthropologique, s’est modifiée. Filmant des hommes convaincus qu’ils détiennent la Vérité, à qui la télévision islamique donne la parole, il fallait que Mehran Tamadon, athée, vivant en France, assume sa différence et la filme. Que cette différence soit dans le cadre et pas seulement au montage. Pour cela, il met en place des dispositifs quand il filme Nader Malek-Kandi, gardien de la révolution qui se revendique défenseur du régime ou, en moto, Mohammad Pourkarim, jeune bassidj en charge du quartier de Nasr, où il doit faire régner l’ordre moral et religieux. Dispositif clairement énoncé quand, dans une librairie, il installe frontalement quatre bassidji à une table, comme pour une conférence de presse, les journalistes sont remplacés par des voix enregistrées sur un ordinateur qu’il actionne lui-même, entrant furtivement dans le champ. Séquence montrant à l’évidence qu’on est dans une dictature, les gens ne pouvant pas parler directement. « Quand on est filmé, on est toujours dans une distance. Je filme aussi ma proximité ; ma façon de m’asseoir, la place de la caméra parlent aussi… » a expliqué le réalisateur au public de la master class, pour beaucoup étudiants en cinéma. Une vraie leçon animée par le critique Adrien Dénouette, où le réalisateur a pu expliquer sa manière de travailler, ses interrogations, ses choix, aussi bien pour Bassidji que son film suivant, Iranien, sorti en 2014. Et s’il réalise des films, à son rythme, lent, a-t-il précisé, c’est parce qu’il a vu Close up d’Abbas Kiarostami, qui faisait des films donnant envie de filmer. Close up, un des choix de la Carte Blanche que lui a proposée le festival La Première fois, avec Avant L’aurore de Nathan Nicholovitch et Je suis le peuple, d’Anna Roussillon.

Annie Gava
Mars 2019

La rencontre avec Mehran Tamadon était proposée par le festival La Première fois, qui s’est tenu à Marseille du 26 février au 3 mars

Photo: Iranien de Barhan Tamadon © ZED


Cinéma Le Gyptis
136 rue Loubon
13003 Marseille
04 95 04 95 95
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