« Cent millions d’années et un jour », premier roman du cinéaste Jean-Baptiste Andrea, aux Éditions L’Iconoclaste

Un grand silence blancLu par Zibeline

« Cent millions d’années et un jour », premier roman du cinéaste Jean-Baptiste Andrea, aux Éditions L’Iconoclaste - Zibeline

Au départ, Jean-Baptiste Andrea est cinéaste. Cela explique sans doute ce regard à la fois large et précis sur les paysages et les horizons des Dolomites dans lesquels se passe l’essentiel de l’action et qu’il connaît bien. Son premier roman, Ma reine, couronné de plusieurs prix, évoquait la fraîcheur et le sérieux de l’enfance, sa soif de rêve et d’absolu ; on les retrouve dans les souvenirs d’un narrateur cinquantenaire. Paléontologue, Stan poursuit un rêve d’enfant. Un jour, il décide de « for(cer) son destin », de quitter les bureaux gris de l’université. En juillet 1954 il organise une expédition à la recherche du squelette d’un dinosaure prisonnier d’un glacier dont un jour un vieil homme avait parlé, « un dragon ». L’accompagnent Umberto, son ami italien, lui aussi chercheur, et Peter, un étudiant allemand. Un guide italien renommé déclare que le seul accès possible se fera par une via ferrata. Stan devra vaincre la peur du vide qui lui « ferraille le cou et les épaules. » Durant l’ascension et les recherches de plusieurs semaines, les souvenirs de l’enfance surgissent. Le père violent, la mère si douce partie trop tôt, alors qu’il n’avait que 9 ans, la solitude. Ce sont comme des éclairs surgis dans la nuit, déclenchés par un mot ou une situation. Les recherches sont longues autour du glacier ; la situation de la grotte supposée renfermer l’animal fossile nécessite de creuser. L’automne se profile avec ses tempêtes et ses nuits glaciales. Stan s’obstine, ses compagnons restent encore quelques jours puis le laisseront affronter l’hiver. C’est son choix. 

Andrea mène son récit avec une maîtrise parfaite, ses images saisissantes nous emportent dans les glaces, nous font partager l’amitié, le jambon et les fruits secs autour du feu. Les quatre hommes restent secrets, avec leurs blessures enfouies. Stan affrontera seul le grand silence blanc pour descendre enfin dans la grotte et se confronter à son rêve. En « résist(ant) entre deux mondes. »

CHRIS BOURGUE
Avril 2021

Cent millions d’années et un jour
Jean-Baptiste Andrea
Éditions L’Iconoclaste, 18 €

Ce second roman est sélectionné pour le Prix littéraire des lycéens de la Région Sud.