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Vu par Zibeline

Je suis le genre de fille de Nathalie Kuperman ou l’art de la fausse légèreté

Un genre de fille qui nous ressemble

Je suis le genre de fille de Nathalie Kuperman ou l’art de la fausse légèreté - Zibeline

Le genre à traîner dans les Monoprix, à tenir la porte, à parler tout haut aux toilettes, à se plaindre beaucoup, à se croire sans cesse atteinte des pires maladies, à aimer repasser, à ne pas supporter les phrases sur le bonheur, Juliette est tout cela, et bien d’autres choses encore. Je suis le genre de fille est le titre du dernier roman de Nathalie Kuperman ; c’est aussi par cette proposition que commencent trente-deux des trente-trois brefs chapitres qui le composent. Une sorte de chronique douce-amère que tient cette quadragénaire « arrangeante » et complexée. L’inventaire mi-figue mi-raisin d’une existence banale, faite de solitude, de ratages en séries (au travail, en famille, en amour), d’atermoiements et de bonnes résolutions jamais tenues. On pourrait refermer le livre avec un bâillement d’ennui devant un étalage apparemment nombriliste. Sauf que ce n’est pas du tout le cas. Bien au contraire. Car à chaque page, on sourit (on pouffe même parfois), tant Nathalie Kuperman est douée pour le maniement des armes de dérision massive. Là réside une des grandes forces de ce récit très contemporain. On y parle de deuil, de perte, de désespoir…mais pas question d’en faire un drame. C’est l’élégance de Juliette de se moquer ainsi d’elle-même, et par là, de nous faire rire de nos propres défaillances, de nos petites défaites quotidiennes. Nous aussi nous excusons trop, envoyons des mails vengeurs que nous regrettons aussitôt, acceptons des invitations par pure politesse… Il est tellement difficile d’oser dire non. Cette fille ressemble à bien des femmes d’aujourd’hui. Sa vie, à bien des vies. Mais derrière le sourire et la satire de nos existences bien rangées sous la bannière du bio et du bonheur à tout prix, sourd ce qui fait la profondeur de ce roman faussement léger, très subtil en réalité : la recherche d’une mère trop tôt disparue, qu’on appelle en vain, dont le fantôme rôde entre les pages, jusqu’au moment des retrouvailles… Alors le rire se noie dans les larmes. Des larmes de tendresse, qui font du bien.

FRED ROBERT
Juillet 2018

Nathalie Kuperman était invitée à Marseille en mai dernier  pour la deuxième édition du festival littéraire Oh les beaux jours !

Je suis le genre de fille Nathalie Kuperman
éditions Flammarion 18 €