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Retour sur + de Genres, à Klap Maison pour la danse de Marseille

Un festival osé

Retour sur + de Genres, à Klap Maison pour la danse de Marseille - Zibeline

+ de Genres s’est ouvert avec le rituel d’adieu de Steven Cohen à son compagnon, provoquant une grande vague d’émotion. Il se poursuit jusqu’au 19 avril à Klap Maison pour la danse de Marseille.

Dans un genre plus désinvolte et teinté d’humour, Aschley Chen & Philip Connaughton ont frappé un grand coup avec Whack!! que l’on peut traduire par « donner des grands coups » et « payer au prix fort ». Deux formulations qui s’entendent au sens propre dans cette collision permanente de leurs corps dociles, empêchés, trainés, culbutés, malmenés en pleine conscience par l’autre. Leur lutte s’intensifie sous le regard impassible d’un jeune garçon sagement assis en tailleur hors du cadre de scène, régissant sur son ordinateur la fréquence de la bande-son. Dualité, souffrance, mimétisme, complémentarité se jouent dans cette partie de catch chorégraphique où tous les coups sont permis, même la feinte, la simulation… et le consentement. Ce soir-là, plongé dans un brouillard sonore perpétuel, le public a vécu une autre expérience, hypnotique celle-ci, avec le lancinant While we strive d’Arno Schuitemaker qui embarque son trio dans un long et intense flux et reflux de mouvements pendulaires, amples. La transe, le mouvement répétitif, l’ivresse fusionnelle du corps et du son jusqu’à ses limites ne sont pas inédits, depuis les derviches tourneurs (danse sema) jusqu’aux créations de Nacera Belaza ou Olivier Dubois. La performance des danseurs est à saluer mais la relation entre les deux pièces Whack!! et While we strive, et la question du genre, reste une énigme non élucidée. Contrairement au solo de l’artiste grecque Alexandra Bachzetsis et à la performance rituelle de Camille Mutel qui développent un vocabulaire personnel autour de la question de l’identité pour l’une, et de l’animalité pour l’autre. De la figure d’Amy Whinehouse à Mickael Jackson, en passant par l’activiste féministe M.I.A. et la star des dessins animés Betty Boop, Alexandra Bachzetsis entame une lente mutation. En bomber et jogging ou en costume masculin, en robe moulée ou en tenue d’aérobic, le visage nude ou maquillé, avec ou sans postiche, son corps lui appartient en dépit des apparences. Devenir Autre et s’affirmer soi-même est une entreprise de séduction et un acte de résistance subjectif que la danseuse explore avec brio dans Private : Wear a mask when you talk to me. La performance rituelle de Camille Mutel laisse perplexe parce qu’illisible et un brin prétentieuse : propos abscons, esthétique baroque outrancière (poses alanguies, lumières maniéristes, surabondance d’objets en porcelaine pour la purification des corps dénudés), incantations vocales excessives. Seul élément à retenir dans Animaux de béance : la compagnie Li(luo) manipule à merveille les aiguilles à tricoter et la laine rouge dont elle se plait à tirer les fils.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mars 2018

Whack!!, While we strive, Private : wear a mask men you talk to me, Animaux de béance ont été présentés les 23 et 26 mars à Klap Maison pour la danse, Marseille

+ de Genres se poursuit jusqu’au 19 avril

Photo : Whack!!… -c- Jean Gros-Abadie


Klap
Maison pour la Danse
5 rue du Petit Versailles
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04 96 11 11 20
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