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Vu par Zibeline

Zibeline en balade à Chaillol

Un été à Chaillol

• 3 août 2018⇒4 août 2018 •
Zibeline en balade à Chaillol - Zibeline

Comme chaque été, Zibeline prend de la hauteur et la température rafraîchissante du Festival de Chaillol (voir aussi www.journalzibeline.fr/critique/sur-les-traces-de-thad-jones). Conduite depuis plus de vingt ans par Michaël Dian et une équipe d’un dynamisme à toute épreuve, la manifestation œuvre (et pas seulement l’été !) à faire vibrer la musique jusque dans les coins les plus isolés des vallées alpines. Le succès ne se dément pas : les affiches remplissent les églises et les autres lieux de concerts, même les plus improbables, même lorsque le mauvais temps fait obstacle… Preuve s’il en est que le souffle de Chaillol remplit une mission indispensable dans des zones rurales qui se sentent parfois, à de nombreux points de vue, délaissées, voire abandonnées ! On sent, à chaque concert posant ses affiches dans le Gapençais ou en Valgaudemar, du Buech au Champsaur, un appétit de la chose artistique, doublé d’une ouverture d’esprit à la nouveauté. Ce qui est frappant aussi, c’est que le public, fidèle depuis les premiers pas du festival, a acquis une culture et une connaissance des répertoires et des œuvres stupéfiantes… On y entend, avec naturel, des créations contemporaines, des œuvres parfois difficiles d’accès au premier abord… des programmes qui déclencheraient des sueurs au front des directeurs artistiques de grandes structures musicales des métropoles du sud, où la majorité des mélomanes qui les suivent, du haut leur suffisante urbanité, boudent déjà les œuvres du début du XXème siècle !

À Tallard, le 3 août, au cœur du festival (il s’est déroulé du 17 juillet au 12 août), ce sont des musiciens exceptionnels qu’on découvre dans l’église du village, quasiment invisible de la route (elle se cache, discrète, à la croisée des étroites rues communales). Pour entendre ces artistes venus du Moyen-Orient, on a roulé, quittant la Méditerranée caniculaire, pour prendre un sacré déluge, de ceux que la Provence réserve au climax de l’été. Peu avant 21 heures, lorsqu’on parvient sur le petit parvis de l’église, l’équipe se demande si la diluvienne saucée n’aura pas découragé le public ? Que nenni ! Par grappes successives les festivaliers s’égarent dans le labyrinthe des ruelles pour converger vers l’édifice religieux qui abrite le concert (dans l’attente de la rénovation du château qui surplombe le village). Il est vite rempli et le Tel Aviv Wind Quintet prend place.

C’est dans le cadre de la Saison France – Israël 2018 que cet ensemble, phare sur ses propres rives de la Méditerranée, a pu se rendre là, à Tallard (son maire Jean-Michel Arnaud s’en réjouit), et que l’équipe du festival a pu, selon son Directeur artistique, «  financer les billets d’avion ». Dès lors, les musiciens égrènent un programme explorant, avec virtuosité et talent, trois siècles d’histoire musicale : d’une sonate virevoltante de Bach aux bulles de Champagne de Rossini, de quelques airs canaille de Kurt Weill à une performance faussement naïve de Luciano Berio… En exergue, on découvre deux compositeurs israéliens : le jeune Bnaya Halperin-Kaddari et Stephen Horenstein (né aux USA) à qui le Festival de Chaillol avait commandé, pour cet été, un opus inédit. C’est donc en première mondiale qu’on dévoile, aux flûte, hautbois, cor, basson et clarinette, son deuxième quintette intitulé Portals, réduction d’une vaste fresque présentée la veille à Chaillol : un univers sonore où le temps s’écoule dans une dimension sacrée qui, dans une certaine mesure, fait penser à celui du Quatuor pour la fin du temps de Messiaen.

En balade !

On retrouve ces musiciens le lendemain matin pour la très courue « Balade musicale » ! Le soleil est au rendez-vous. Ouf ! Plus de 200 personnes suivent, réparties en quatre groupes, les sentiers du plateau de Libouze surplombant le village de Saint-Léger les Melèzes, jusque vers de très beaux points de vue de la plaine d’Ancelle. À l’écoute des contes et légendes du coin, chaque station est un ravissement sonore : à l’ombre d’un sous-bois, au pied d’une butte, dans un coin de prairie, en premier plan d’un panorama somptueux, au cœur d’un bosquet de feuillus…

Trois membres du Quintette de Tel Aviv jouent Mozart, Stephen Horenstein improvise au saxophone, Mandy Lerouge tangue et chante l’Argentine au rythme des percussions de Javier Estrella, Julien Ferrando explore, sur son étonnant orgue portatif, des répertoires médiévaux oubliés, deux étudiants en Master Musique et Création de l’Université d’Aix-en-Provence inventent un dialogue fougueux entre la mandoline (Alexandre Craman) et le violoncelle (Florian Antier) alors que, pour finir, la nature se pare des sons inouïs traités au moule électronique par Loïc Guénin et Eric Brochard (« La CABANE(s) du Phare à Lucioles », installation à Chaillol durant la durée du festival). On prend enfin, après trois heures d’excursion, un apéro bucolique au bord d’un lac… Certains pique-niquent ou piquent une tête… Un petit bonheur quoi !

JACQUES FRESCHEL
Août 2018

Le Festival de Chaillol s’est déroulé du 17 juillet au 12 août 2018

Photos : Zibeline, Mairie de Tallard, Alexandre Chevillard & Monika Rittershaus