Un Divan à Tunis, comédie populaire sans complexe de Manele Labidi

Un Divan à TunisVu par Zibeline

• 12 février 2020⇒19 février 2020 •
Un Divan à Tunis, comédie populaire sans complexe de Manele Labidi - Zibeline

Dans Ma chambre à moi, court-métrage de Manele Labidi, l’héroïne investissait les toilettes de son appartement exigu pour se ménager un espace de travail au grand dam de son compagnon. La protagoniste d’Un Divan à Tunis, premier long-métrage de la réalisatrice franco-tunisienne, va créer le sien sur le toit d’une maison au grand dam de ses habitants. Produit à partir du scénario pour lequel Manele Labidi avait obtenu le Prix Sopadin en 2017, Un divan à Tunis (Arab blues) est l’histoire d’un retour au pays. Selma Derwish, célibataire de 35 ans, immigrée en France depuis l’enfance, est convaincue que sa place de psychanalyste n’est pas chez des bourgeois parisiens mais dans la banlieue populaire de Tunis. Après la chute de Ben Ali, libérer la parole, se regarder, s’accepter, ce n’est pas rien ! Et allonger sur le divan une société partagée entre les archaïsmes, les mauvaises habitudes héritées du passé et les aspirations à la liberté de tout un chacun, sous l’œil sévère de papa Freud, un Juif dont la barbe laisse penser aux patients qu’il est un Frère Musulman, c’est un boulot nécessaire ! Le succès de Selma en atteste d’ailleurs, malgré les tracasseries administratives du nouvel « État de Droit » et les rumeurs malveillantes qui la pousseront un temps à renoncer. La réalisatrice choisit de caricaturer avec bienveillance et tendresse, jusqu’au grotesque, la schizophrénie et les dénis de son pays tout en soulignant l’énergie, la joie et la force des Tunisiens. Le divan délimite un champ opératoire qui permet une suite de portraits rapprochés s’opposant aux champs plus larges des paysages urbains ou périurbains. Un boulanger à la féminité refoulée, un iman glabre ostracisé, une coiffeuse pétillante aux rêves noirs, une ado rebelle, un flic ambigu flanqué de deux benêts incultes dignes des Gendarmes de Jean Girault. Silhouette décontractée, cheveux hirsutes, regard doux, Selma incarnée par Golshifteh Farahani, traverse ce petit monde. Retrouvant ses racines et ce qu’elle a fui, elle pourra se projeter dans un futur. Est-ce la couleur méditerranéenne, la canzone de la première séquence, le mélange d’arabe et d’un français musicalisé par l’accent, la façon de typer les personnages ? Il y un côté pagnolesque ici. Avec Un Divan à Tunis, Manele Labidi signe une comédie populaire qui s’assume…sans complexe !

ELISE PADOVANI
Février 2020

Photo : © Carole Bethuel

Un Divan à Tunis, de Manele Labidi est sorti le 12 février (1h28)