Vu par Zibeline

Des jours et des nuits à Chartes... ? non, à Toulon

Un désespoir si grand

Des jours et des nuits à Chartes... ? non, à Toulon - Zibeline

L’amplitude littéraire de Henning Mankell est souvent occultée par sa série Wallander, le célèbre commissaire dépressif ! Mais l’écrivain est également dramaturge. Dans Des jours et des nuits à Chartres, il délaisse les grisailles de sa Suède natale et la chaleur tropicale du Mozambique où il séjourne régulièrement (L’œil du léopard vient d’être traduit au Seuil) pour s’attacher à un épisode particulièrement sombre de l’histoire française : l’Occupation allemande et l’épuration. À partir d’une photographie de Robert Capa prise le 16 août 1944, il tire les fils de la vie de Simone, mère d’un jeune bébé né de sa liaison avec un officier allemand, décédée à 44 ans d’alcoolisme… De la même manière que l’auteur navigue entre fiction et réalité, admettant avoir pris «beaucoup de libertés avec les faits», le metteur en scène Daniel Benoin chamboule la chronologie des événements et procède par saynètes successives. De la chambre noire à la prison, de l’atelier de couture à la salle de bal, avec le photographe comme fil rouge au récit, pas très convaincant dans le rôle d’un Capa soliloquant à voix haute… Quant au rideau noir qui s’ouvre et se ferme à chaque changement de scène, cela en deviendrait presque cocasse si l’on ne mourrait pas d’ennui ! Les thèmes fondateurs sont là pourtant, interprétés avec la gravité nécessaire par des acteurs qui donnent du relief à une mise en scène linéaire et monotone : la délation, la peur, la vengeance, le mal et le bien, la trahison, l’inconscience ou la méconnaissance, l’amour filial qui efface tout, même l’inconcevable.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mars 2013

Des jours et des nuits à Chartres a été joué les 8 et 9 mars au Théâtre Liberté, Toulon


Théâtre Liberté
Grand Hôtel
Place de la Liberté
83000 Toulon
04 98 00 56 76
www.theatre-liberte.fr