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Retour sur Le chien, la nuit et le couteau, texte en noir et rouge, joué lors du Festival d'Avignon Off

Un couteau dans la nuit

Retour sur Le chien, la nuit et le couteau, texte en noir et rouge, joué lors du Festival d'Avignon Off - Zibeline

C’est une fable monstrueuse que nous propose Le chien, la nuit et le couteau de Marius Von Mayenburg, programmé à la Manufacture. Un texte noir avec des éclats rouges, ceux du sang qui souvent jaillit. Car le parti-pris gore nous plonge dans un univers dérangeant. L’auteur et le metteur en scène (Louis Arène) tendent un miroir déformant aux spectateurs installés dans un espace bi-frontal dans la patinoire d’Avignon. Les comédiens portent des masques qui font office de seconde peau et « révèlent ce qui est caché », comme le déclare Louis Arène, créateur de ces masques loin des archétypes. Les personnages en sont d’autant plus inquiétants quand ils surgissent dans ce no man’s land déroutant.

Au début un homme cherche son chien parti rejoindre les hordes de loups dans la forêt proche. Non loin s’éveille M. (François Praud ) : il s’est perdu, se retrouve seul dans un endroit où les montres semblent arrêtées ou avancer trop vite. L’autre l’attaque, un couteau surgit, M. tue son agresseur. Tuer pour ne pas l’être. Commence la descente aux enfers. Il rencontre successivement plusieurs personnages tous plus étranges ou fous les uns que les autres, un policier, un médecin, une femme désirante, une infirmière, un avocat, tous joués par Lionel Lingelser et Sophie Botte, magnifiques dans leurs métamorphoses. Ces êtres ont littéralement faim de l’Autre. Attirés par l’odeur du sang, ils incarnent le désir de dévoration de chair humaine. Archaïque, historique, enfoui ? Peut-être nous mettent-ils en garde contre les déviances possibles de nos sociétés futures…

Le rythme est très soutenu, les séquences s’enchaînent, les corps disparaissent, semblent parfois ressusciter. L’univers sonore de Jean Thévenin mêle Wagner, Vivaldi, Abba… Du drame à la farce, de l’effroi au rire, le spectateur est tenu en haleine. La fin est ouverte : M. perçoit une issue, lève son masque et tend la main à la femme. Un nouveau monde serait-il possible ?

CHRIS BOURGUE
Juillet 2017

Le chien, la nuit et le couteau de Marius Von Mayenburg, par Munstrum théâtre se joue jusqu’au 26 juillet à la patinoire d’Avignon dans le cadre de la programmation de La Manufacture

Photo : © Bekir Aysan