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Critique du livre de Lola Lafon La petite communiste qui ne souriait jamais paru chez Actes Sud

Un coup de pied à la lune

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Critique du livre de Lola Lafon La petite communiste qui ne souriait jamais paru chez Actes Sud - Zibeline

«C’est cette phrase-là à la une d’un quotidien français, commentant Nadia Comaneci aux J.O. de Moscou, qui m’a décidée à écrire ce roman : La petite fille s’est muée en femme, verdict : la magie est tombée. Ce roman est, peut-être, un hommage à celle-là, qui, d’un coup de pied à la lune, a ravagé le chemin rétréci qu’on réserve aux petites filles, ces petites filles de l’été 1976 qui, grâce à elle, ont rêvé de s’élancer dans le vide, les abdos serrés et la peau nue.» Le quatrième roman de l’écrivaine et musicienne Lola Lafon fait toujours une large place à la question des femmes, en suivant cette fois-ci le rude itinéraire d’une jeune fille célèbre, la «petite fée communiste» qui révolutionna la gymnastique dans les années 1980. Les dates, lieux et événements du parcours mythique de Nadia C. sont respectés, de son premier exploit à Montréal en 1976, lorsqu’elle «détraque» l’ordinateur-chronomètre (personne n’avait encore jamais obtenu 10 dans cette discipline), à sa fuite à l’Ouest en 1989 juste avant la chute de Ceausescu. Ce roman est pourtant loin de se résumer à la reconstitution historique de la vie de la gymnaste roumaine prodige. L’auteur a en effet pris le parti de «remplir les silences de l’histoire et ceux de l’héroïne et de garder la trace des multiples hypothèses et versions d’un monde évanoui» comme elle le précise dans l’avant-propos. Cela donne une fiction qu’on ne lâche pas, fondée sur un dialogue imaginé entre la narratrice et l’héroïne. Deux voix principales, et d’autres encore, dans une polyphonie qui retrace avec finesse les enjeux de l’ère déjà lointaine du bloc Est/Ouest et met à mal bon nombre de clichés. Une façon intelligente de revoir l’histoire du XXe siècle, une critique à peine voilée (et salutaire) de l’anticommunisme primaire ; une vraie réflexion sur le corps des filles et sur le regard qu’on lui porte.

FRED ROBERT
Janvier 2014

La petite communiste qui ne souriait jamais
Lola Lafon
Actes Sud, 21 €