Vu par Zibeline

Blackkklansman, dernier film de Spike Lee

Un combat qui nous concerne

• 25 septembre 2018⇒2 octobre 2018 •
Blackkklansman, dernier film de Spike Lee - Zibeline

Le dernier film de Spike Lee est sans surprise, et c’est sans doute bien. Il repose sur l’histoire véritable d’un Noir « bien élevé » qui intègre la police de Colorado Springs (le premier alors que les années 80 approchent…) et prend peu à peu conscience du racisme plus ou moins ordinaire de ses collègues, et terrifiant, du Ku Klux Klan. Le film remporte en France un succès imprévu, et pédagogique : projeté dans 600 salles françaises plus d’ un mois après sa sortie, il raconte forcément quelque chose qui nous concerne…

Il faut dire qu’il est bien ficelé : si les militants des droits civiques et les Suprémacistes Blancs y sont opposés, souvent par des montages parallèles, c’est pour montrer comment les uns, depuis La Naissance d’une Nation*, torturent et assassinent les autres. La dérision fonctionne, et voir le KKK ridiculisé par un Noir et un Juif qui les infiltrent est réjouissant : les acteurs sont drôles et légers, la tragédie est déjouée et n’a pas lieu, et la comédie, réussie, montre aussi l’impossibilité, à terme, de combattre à visage masqué, et la nécessité de l’engagement politique…

D’autant que la fin nous rappelle que Trump est Président. La dernière séquence monte en parallèle les images d’actualité de Charlottesville, et les propos insupportables d’un Président qui renvoie dos à dos les assassins et ceux qui revendiquent l’égalité des droits. La comédie, rassurante par son ton, sa fin heureuse et son ancrage dans le passé, prend soudain un large écho, tragique, dans notre présent.

Notre présent ? Il étonnant de voir le public français si concerné par les afroaméricains, alors que l’histoire afropéenne reste peu présente sur nos écrans. Mais peut être ce KKK suprémaciste est-il le visage caricatural de ce qu’est aujourd’hui notre extrême droite, basse du plafond, dont on aimerait pouvoir se moquer aussi ouvertement ? S’il est une domination que l’Europe a du mal à percevoir, c’est celle de la culture américaine, qui envahit nos imaginaires jusque dans les représentations de nos combats…

AGNÈS FRESCHEL
Septembre 2018

*Film de Griffith (1914) qui  met en scène des lynchages et décrit le KKK comme une armée héroïque

Photo : BlacKkKlansman J’ai infiltré le Ku Klux Klan de Spike Lee -c- Universal Pictures International France