Vu par Zibeline

Création de Colomba à l’Opéra de Marseille

Un classique d’aujourd’hui ?

• 8 mars 2014, 11 mars 2014, 13 mars 2014, 16 mars 2014 •
Création de Colomba à l’Opéra de Marseille - Zibeline

Aller découvrir une création n’est pas si fréquent à l’Opéra de Marseille. On se souvient de Marius et Fanny en 2007, de sa veine foncièrement populaire : une musique facile d’accès, maniant l’effet, épousant les mots de Pagnol. Sept ans plus tard, avec Colomba, l’ambition de Jean-Claude Petit est autre ! S’il vient du même bain que Cosma, de la chanson et de la musique de film, l’auteur de la B.O. de Manon des Sources désire manifestement laisser une trace historique avec son opéra composé d’après la nouvelle de Mérimée… et peut-être recouvrer une ambition de jeunesse nouée dans ses classes d’écriture au CNSM de Paris, mise en réserve du fait d’une vie d’artiste poussant vers des paillettes avantageuses ? A 70 ans, Jean-Claude Petit créerait-il son Grand-Œuvre ? L’avenir nous dira quel destin aura sa Colomba

Au demeurant, outre la belle mise en scène de Charles Roubaud, rehaussée de fascinantes projections vidéo (Julien Ribes), les tableaux imaginés par Emmanuelle Favre (bateau mouvant accostant aux rivages de l’Ile de Beauté, intérieurs austères de maison de village…), les costumes Empire/Restauration de Katia Dufflot, outre les vers de Benito Pelegrín épousant la dimension tragique, méditerranéenne et mythique du récit, outre un plateau vocal formidable, emmené par Marie-Ange Todorovitch, puissante dans son rôle de pleureuse endeuillée, vocifératrice, vengeresse obstinée poussant, telle Electre, son frère à la vendetta et au meurtre… outre tout ce qui fait la réussite d’un spectacle d’opéra, son Orchestre et ses Chœurs (dir. Claire Gibault) , visuellement, dramatiquement, la musique de Jean-Claude Petit mérite qu’on s’y penche, qu’on tende l’oreille !

L’essentiel se fonde sur une déclamation intelligible, syllabique, un récitatif accompagné de type arioso qui, s’il reste dans un système tonal perturbé, flirte avec l’atonalité. De cette facture, éminemment lyrique, fondée sur la ligne vocale (même si l’on n’y retient pas de mélodie à proprement parler – hormis peut-être le vocero récurrent, mélopée matinée d’une « couleur locale » imaginaire traversant l’ouvrage), ponctuée d’accords pivotants, émaillée de contrechants et de motifs instrumentaux commentant furtivement le discours, ou de solos plus développés, enrobés de couleurs orchestrales soignées, d’arpèges enluminés de harpe et glockenspiel, de dynamiques en boucle… émerge parfois ce que traditionnellement on nomme un air.

Car c’est en fait un classique qu’on entend, fuyant l’effet facile, tentant de s’ancrer dans une tradition d’opéra français, mixant un aspect« bouffe » avec la dimension tragique du drame qui se joue… auquel on sera sensible… ou pas ! Mais cela vaut le prix de l’entendre !

JACQUES FRESCHEL
Mars 2014

Colomba de Jean-Claude Petit se joue encore les 11, 13 et 16 mars à l’Opéra de Marseille

http://opera.marseille.fr 04 91 55 11 10 ou 04 91 55 20 43

Photo : Colomba © Christian Dresse


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