Lu par ZibelineBeyrouth ya Beyrouth, une programmation riche et passionnante au MuCEM

Un cèdre au MuCEM

Beyrouth ya Beyrouth, une  programmation riche et passionnante au MuCEM - Zibeline

Le MuCEM s’est mis aux couleurs du Liban. La programmation, artistique et littéraire, plastique et cinématographique, est riche, et comme une mosaïque aux pièces morcelées dessine trait à trait le visage d’un pays méconnu. Son histoire tragique semble aujourd’hui, hélas, le prélude des dévastations qui ont gagné les pays voisins.

Le temps fort a commencé avec Quatre heures à Chatila de Jean Genet. Et la présence de Leïla Shahid, ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union Européenne, qui racontait comment l’écrivain s’était retrouvé là, quelques heures après le carnage, avec elle, dans ce charnier puant dont les milliers de morts n’ont jamais eu d’autre sépulture que les mots de l’écrivain. Elle parla des phalangistes chrétiens, des Israéliens qui savaient et ont laissé faire, et même pour Sharon au moins armé et planifié le massacre. De la guerre du Liban, des bombardements incessants massacrant les civils, de Beyrouth coupé en deux, de la Syrie, de Bachir Gemayel. Et aussi, plus près de nous, de cette impossibilité aujourd’hui de dire qu’on est contre la politique d’Israël, contre l’occupation illégale de la Palestine depuis 50 ans, sans être taxé d’antisémitisme.

Puis le texte de Genet, malgré une lecture trop emphatique et parfois maladroite, éclata de douleur. Il faut le lire, et le lire encore, parce que sa qualité littéraire est exceptionnelle, parce que son humanité est infinie. (écouter l’entretien sur la webradio).

Le lendemain, des deux écrivaines Libanaises qui devaient être présentes, seule Najwa Barakat (écouter l’entretien sur la webradio) put venir en France, pour parler de ce paradoxe du Liban entrevu la veille sous un autre angle. Car s’il n’y a pas à Beyrouth de monuments commémorant la guerre civile, celle ci est dans tous les esprits, tous les comportements : « Au sortir d’une guerre civile il n’y a plus de comportements normaux. C’est la survie qui compte, le rapport dominant dominé, la relation de manipulation ». Et la littérature en témoigne : celle ci est libre, déclare-t-elle, mais victime de ses autocensures, des éditeurs qui attendent des musulmanes « l’histoire d’une femme qui se libère du tchador en allant en Europe, le tout épicé de quelques scènes érotiques ». Or dans Ya Salam les femmes sont des personnages complexes, capables de cruauté et de noirceur, actrices des rapports de domination qu’elles exercent autant qu’elles les font subir.

Mais c’est «l’actualité » de son livre écrit en 2000 que l’effraie aujourd’hui : « Si Beyrouth est revenue à la paix, la Syrie et le Yémen se disloquent à leur tour, et les habitants pris en otages mettront longtemps à sortir des traumatismes qui, au Liban après 30 ans ne sont pas effacés. »

La programmation de Beyrouth ya Beyrouth, particulièrement riche et passionnante, se poursuit jusqu’au 26 juin. Avec des installations (Zeina Abirached, Patrick Laffont) du cinéma, des conférences, des lectures, des débats. Autour de la mémoire, de la guerre et de ses représentations.

AGNÈS FRESCHEL et FRANCK MARTEYN
Mai 2016

Photo : Najwa Barakat © X-D.R

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