Cinq cartes postales de Zibeline sur le Printemps de l'Art Contemporain à Marseille

Un carrousel qui n’en finit pas de tournerVu par Zibeline

Cinq cartes postales de Zibeline sur le Printemps de l'Art Contemporain à Marseille - Zibeline

Après «Bons baisers de Marseille » et «Les folles journées du PAC», Zibeline poste 5 cartes postales en guise de visites souvenirs de la 7e édition parmi les 50 lieux qui ont opéré des zooms avant ou arrière, opté pour de grands angles ou provoqué des illusions d’optique… Autant d’instantanés à découvrir !

La carte postale revisitée à La Compagnie jusqu’au 11 juillet

À La Compagnie, les artistes se saisissent de manières singulières de «l’insaisissable monument miniature» qu’est la carte postale photographique. À même le mur, la fresque Ellipse de Sépànd Danesh flirte avec le trompe l’œil, intégrant la carte postale comme un élément de sa peinture. Raphaëlle Paupert-Borne fusionne l’acte photographique et l’acte pictural dans Lac et Salon, encadrés comme des tableaux, réinterprétant les thèmes classiques du paysage et de la scène d’intérieur. Peinture donc, mais également littérature, cinéma et réseaux numériques, la carte postale est mille et une fois revisitée : fermée à double tour dans un «coffre fort» par Miranda Moss (petit meuble à roulettes fermé à clef), en version sonore imprimée sur vinyle par Marie Reinert (se déclenche à fréquence régulière), projetée en diaporama par Pauline Bastard, colorée mais guerrière dans la série Postcards of War de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige. Paysages, monuments, instants idylliques mais aussi histoire et politique, la carte postale véhicule toutes sortes de messages : Pauline Bastard, Basim Magdy, Shuji Terayama et Shuntaro Tanikawa explorent différemment les relations texte-image. La première en intégrant des messages personnels et décalés dans des paysages paradisiaques, le second en provoquant des courts-circuits de sens, les troisième en créant une vidéo-littérature de l’intime.

19 rue Francis de Pressensé, 1er
04 91 90 04 26
www.la-compagnie.org

Disparues,-vidéo,-Série-archives-qui-brulent,-2015-©-Michèle-Sylvander

À mon retour, je te raconte de Michèle Sylvander au Château de Servières jusqu’au 11 juillet

De l’intime, il en est question avec Michèle Sylvander qui puise dans les archives familiales matière à raconter -réinventer- sa propre histoire. Une histoire personnelle qui touche à l’universel parce que toujours pudique, sincère, transmise en pointillés au fil de photos, de vidéos et d’objets. Retour à l’enfance marqué par la figure paternelle et ses voyages en Algérie, au Maroc, en Indochine ; portrait pudique et réaliste de la mère dans Only You ; geste radical d’archives sur la guerre d’Algérie, d’abord retrouvées puis brulées ; reconstitution de souvenirs détournés à l’aune de la mémoire et de la vérité recomposée… Et cette question qui la taraude, «Pourquoi es-tu parti ?», sujet d’une vidéo magistrale sur la séparation, la guerre, les colonies : les images se déroulent au son du martèlement de la machine à écrire, des fusillades et des bombardements. Et se terminent par cet imparable question : «Pourquoi tu pars ?». Michèle Sylvander se met à nu une fois encore en convoquant les traces des êtres aimés, des espaces habités, des vêtements enfilés. Sans pathos. Mais avec un talent de narratrice tel que le lecteur attend déjà son retour…

11-19 bd Boisson, 4e
04 91 85 42 78
www.chateaudeservieres.org

©-Chourouk-Hriech,-Sonnetto-per-la-via-Roma,-Marseille,-2015

Sonetto per la via Roma de Chourouk Hriech rue de Rome jusqu’au 21 juin

Changement d’échelle et changement de décor. C’est dans l’espace urbain que Chourouk Hriech déroule dessins et installations nés de l’observation d’un quartier en mutation, au cœur de l’événement « Le Tramway prend l’art ». Le long de la rue de Rome, elle jalonne son parcours de signes et d’écritures noir et blanc dans un «corps à corps» avec l’architecture, l’histoire et l’esprit des lieux. Comme sur la façade de l’Hôtel St-Louis où, en accrochant ses dessins au balcon, elle inverse la question du point de vue car mieux vaut être piéton pour en saisir toute l’ampleur… Frises, balustrades, arches : elle se réapproprie le bâti plutôt que le récit, réajuste les éléments à une nouvelle échelle et invente une histoire, quitte à rompre l’architecture avec des propositions graphiques radicales. Comme dans le porche d’entrée de La Poste.
Une sélection d’œuvres de Chourouk Hriech appartenant au Fonds communal d’art contemporain de Marseille est actuellement exposée au Musée des beaux-arts – Palais Longchamp jusqu’au 21 juin.

Hydrib, plateforme dédiée aux arts visuels, 219 montée Pichou, 16e
06 03 40 76 92
www.hydrib-platform.com

©-Tacita-Dean,-The-Green-Ray,-2001,-courtesy-Marian-Goodman

Fomo, exposition collective proposée par Sextant et plus jusqu’au 2 août

Le crépuscule, le zénith, l’aube : Fomo court sur trois niveaux de la Friche la Belle de Mai sans jamais être redondante. Avec en guise d’introduction à chaque espace, une vidéo de Jean-Baptiste Sauvage comme un sas de décompression et une invitation au silence, et comme passerelle visuelle l’escalier Dawn Stairs de Stéphane Protic qui ferme la marche. Entre les deux, l’exposition va à rebrousse poil à l’heure de l’instantanéité forcenée, de la consommation à outrance, de l’obsolescence programmée, de la vitesse, d’Instagram et de l’information en flux continu. Bref, Fomo fait l’éloge de la lenteur.

Tournoyantes sur leur carrousel, quelques pépites parmi tant d’autres interrogent les relations passé-présent et la mémoire : le film de Mélanie Smith saisit les vestiges d’un bâtiment construit au Mexique par un philanthrope surréaliste anglais ; dans The Russian Ending, Tacita Dean invente deux versions d’un même story-board photographique avec une fin heureuse pour le bloc de l’Ouest et une fin dramatique pour le bloc de l’Est. À la lumière brûlante de la Méditerranée, la sculpture conique de Stéphane Tridet composée de 2 tonnes de confettis impose sa légèreté et sa masse à l’installation monumentale d’Anita Molinero, paysage apocalyptique d’une terre brulée en polystyrène… Puis à l’aube d’un troisième paysage en devenir, Fomo initie des rapports sensoriels entre les œuvres. Entre les impressions lumineuses d’Azur entrado de Daniel Steegman qui transforme notre perception de l’espace et les portraits volés par Random International qui, aussitôt apparus à notre insu, s’évaporent au lever du jour…

À voir également à La Friche la Belle de Mai :

Le poids que la main supporte de Guillaume Leblon produite par la Fondation d’entreprise Ricard ; Aperçu avant impression jusqu’au 7 juin et Après avoir tout oublié jusqu’au 6 septembre proposées par Astérides / Le Cartel.

Friche la Belle de Mai
41 rue Jobin, 3e
www.lafriche.org

Post---©-Sylvain-Couzinet-Jacques

Post – de Sylvain Couzinet-Jacques à la Straat galerie jusqu’au 27 juin

Le photographe Sylvain Couzinet-Jacques avait fait la une de la Straat galerie à son ouverture en 2011. Il est de retour pour le PAC avec une courte série d’installations photographiques autour du paysage, des photographies réalisées en noir et blanc qui apparaissent en couleurs par le truchement de dispositifs lumineux. Enchâssé lourdement par des cadres en fer, protégé par un verre fissuré, entubé par des néons et surélevé du sol, le paysage premier s’efface au profit d’un second paysage inventé, illusoire. Un «objet» poétique séduisant au profit (ou aux dépens ?) de la réalité.

17 rue des bergers, 6e
06 98 22 10 85
www.straatgalerie.com

MARIE-GODFRIN GUIDICELLI
Mai 2015

Légendes des illustrations (dans l’ordre d’apparition des textes) :

Vue générale de l’exposition La carte postale revisitée, La Compagnie,
Marseille, 2015 © X.D.R

Disparues, vidéo, Série archives qui brulent, 2015 © Michèle Sylvander

Sonnetto per la via Roma, Marseille, 2015© Chourouk Hriech

The Green Ray, 2001, courtesy Marian Goodman © Tacita Dean

Post – © Sylvain Couzinet-Jacques