La comédie-ballet de Molière à la Criée

Un bourgeois «di qualita»

La comédie-ballet de Molière à la Criée - Zibeline

Après avoir embrasé les Nuits de Fourvière en juin dernier, la mise en scène de Denis Podalydès a enthousiasmé le public marseillais : une salle comble, des spectateurs hilares pour ce Bourgeois gentilhomme fidèle au genre de la comédie ballet telle que l’avait définie Molière, et très neuf aussi. Quel plaisir que de redécouvrir les scènes archiconnues de cette comédie loufoque -les leçons du premier acte (ah, les voyelles ! et la leçon d’escrime !), le tailleur, le menuet et la lettre à la marquise, le fou rire de Nicole, les scènes de ménage ou de dépit amoureux, le couronnement du Mamamouchi- et de les entendre comme pour la première fois ! Car les mots de Molière font mouche, portés par des acteurs qu’on sent dans la jubilation du jeu. Et puis il y a les décors, tout en transparence et en rideaux qu’on fait virevolter ; les costumes de Christian Lacroix, en noir et blanc pour les personnages secondaires, comme pour accentuer le contraste avec les délirantes tenues chamarrées de monsieur Jourdain et le feu d’artifice chatoyant de la turquerie ; la chorégraphie de Kaori Ito d’une grande subtilité, aux accents contemporains jamais anachroniques ; et la musique… Au final, trois heures de spectacle qu’on ne voit pas passer et un vrai bon moment de théâtre, inventif, enlevé, très proche de l’esprit de Molière.
FRED ROBERT
Janvier 2013

… mais un Bourgeois «di musica»

Le Bourgeois sans musique, Molière sans Lully, c’est comme une Vénus sans bras ou une Victoire étêtée : on s’y habitue… mais il manque quelque chose ! On avait perdu l’usage d’ouïr viole, flûte, clavecin et hautbois baroques (et la trompette marine !) dans le Prologue, la Pastorale ou le Final, les Airs encadrant la pièce et dialoguant, en son cœur, avec les scènes de comédie… Jusqu’à ce que le duo Dumestre/Lazar réunisse enfin, il y a bientôt dix ans, Euterpe et Thalie, restitue l’œuvre sans son amputation, dans sa version originelle de 1670. On n’imagine plus aujourd’hui, la Cérémonie turque sans son Entrée dansée, le charabia obstiné d’une langue exotique mise en (dé)cadence par une musique qui invite au burlesque. On attendait depuis une version qui s’affranchisse de la pure restitution : on l’a trouvée, magnifiée par les solistes de l’Ensemble Baroque de Limoges, instrumentistes et chanteurs rompus au style du Grand Siècle !
JACQUES FRESCHEL
Janvier 2013

Le bourgeois gentilhomme a été représenté à La Criée, en partenariat avec le Gymnase, du 5 au 11 janvier

La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/