Nicolas Pichot met en scène «Perplexe», de l'auteur allemand Marius von Mayenburg

Un boulevard à contre-sensVu par Zibeline

Nicolas Pichot met en scène «Perplexe», de l'auteur allemand Marius von Mayenburg - Zibeline

Marius von Mayenburg, auteur allemand, travaille depuis plus de 20 ans avec le directeur de la Schaubühne, Thomas Ostermeier. Cela pose le dramaturge dans un registre plutôt grave, et en tous cas comme un représentant de ce qui se fait de plus contemporain dans l’écriture théâtrale. Curiosité donc, pour ce texte, Perplexe, qu’il a lui même monté sur la scène berlinoise en 2010, présenté comme une franche comédie, adoptant les codes du théâtre de boulevard. Pour mieux les détourner, cela va sans dire. Pour aborder des thèmes plus insidieux que les habituelles tromperies -quoique, c’est aussi un sujet parfois sacrément sérieux.

Nicolas Pichot (Cie l’Astrolabe, Montpellier) s’empare avec gourmandise de cet imbroglio domestique. Deux couples multiplient les croisements (de personnes, de rôles, de relations maritale ou extraconjugales) dans un appartement qui, plus qu’une unité spatiale, représente quelque chose comme l’inconscient des quatre protagonistes. Ils naviguent dans des situations joliment absurdes, qui semblent illustrer des cas classiques de rêves de dépossession. Marc (Pastor) et Evelyne (Torroglosa) reviennent de vacances, et leurs amis Anne-Sophie (Leyre) et Thomas (Trigeaud), chargés de l’entretien de leur logement pendant leur absence, se sont mués en propriétaires des lieux. La bascule est intéressante, et l’équilibre entre humour et angoisse se met en place. S’ensuit une série d’événements qui font se démultiplier les rôles, mais la tension introductive est balayée par l’atmosphère potache qui finalement prévaut. Le sexe est invariablement associé à des blagues plutôt épaisses et le dispositif de la succession des saynètes écrase l’effet de surprise. L’introspection, l’étrangeté (toujours soulignés par une sonorisation de réverbération plutôt très surannée), qui sont pourtant là, à la lisière du texte, n’éclosent jamais vraiment, abandonnant les quatre personnages dans les rets du boulevard qu’ils sont censés déjouer.

ANNA ZISMAN
Février 2020

Perplexe a été créé au Théâtre Jean Vilar de Montpellier, du 26 au 28 février

Photo : © Marc Ginot

Théâtre Jean Vilar
155 rue de Bologne
34080 Montpellier
theatrejeanvilar.montpellier.fr