Evgeny Kissin en récital au Grand Théâtre de Provence.

Un air de toreroVu par Zibeline

• 16 octobre 2013 •
Evgeny Kissin en récital au Grand Théâtre de Provence. - Zibeline

Lorsqu’il se plante devant son Steinway pour l’ultime bis, Evgeny Kissin sait, après les banderilles portées au public, au bout du rituel du concert, qu’il va porter l’estocade ! Slave matamore, quarantenaire à l’allure juvénile, un peu étranger à lui-même, il attaque l‘Héroïque Polonaise de Chopin : on frémit aux notes familières, aux octaves supersoniques à la main gauche, aux décibels lâchés en fin de course dans l’immense salle du GTP le 16 octobre. Rien ne s’y perd… Puissance folle : c’est un orchestre qu’on entend ! Au dernier accord, on se lève d’un bond. Si son piano avait des cornes, on lui couperait les deux oreilles et la queue !

Deux compositeurs étaient au programme du récital. Schubert et sa vaste Sonate en ré majeur D.850 toute de vélocité, grondements, sonneries, gammes en flammèches, fougue ou chant murmuré, notes insistantes comme des mots qu’on espère être entendus entre épuisement et désespoir… De son attaque ronde, ferme et brillante, Kissin sculpte les plans sonores, taille dans la masse pour en tirer des fils de broderie. Avec Scriabine et son raccourci de Sonate n°2 en sol dièse mineur, c’est le grand romantisme qui s’affiche. De la suspension surgit la clarté, envoûtante, balayée bientôt par le brio de l’Opus 8 déclinant son vocabulaire technique, harmonique, poétique, ses flottements du temps… jusqu’à l’incontournable 12ème Etude pathétique poussant la fièvre à son paroxysme.

JACQUES FRESCHEL
Octobre 2013

Photo : Bronze, Michael Parekowhai. (c) Michael Hall

 

Grand Théâtre de Provence
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13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
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