Kalîla wa Dimna, premier opéra chanté en arabe et français, a été créé au Festival d'Aix !

Un air de liberté !

• 8 juillet 2016 •
Kalîla wa Dimna, premier opéra chanté en arabe et français, a été créé au Festival d'Aix ! - Zibeline

Fruit de la collaboration du musicien, chanteur et compositeur franco-palestinien Moneim Adwan, du metteur en scène Olivier Letellier, du violoniste Zied Zouari (direction musicale) et des librettistes Fady Jomar et Catherine Verlauguet, l’opéra Kalîla wa Dimna, chanté en arabe et français, était attendu au Festival d’Aix : une première en la matière ! Tiré du Livre de Kalîla et Dimna, classique de la littérature arabe, recueil de fables animalières datant du VIIIè siècle, l’opéra s’inspire du chant arabe traditionnel, avec ses ornements, mélismes, modes spécifiques, mélodiques et rythmiques… Il mélange aussi des influences diverses, venues de Perse ou d’Inde, voire du contrepoint plus « occidental ». Les thèmes, développés sous la forme d’un conte naïf, sont universels, intemporels : jeux de pouvoirs, de complots, influences et manipulations autour d’un monarque isolé de la réalité de son peuple, artiste engagé, sacrifié sur l’autel de la vérité et de la justice, combat traditionnel entre l’ambition cupide et la sagesse apaisante…

Sur la scène du Jeu de Paume, le décor ménage des espaces clairs : hauteur royale, escaliers ascensionnels, parterre plébéien. La mise en scène, très lisible, assez statique, colle au propos, à la manière des spectacles pour jeune public. Cinq instrumentistes et cinq chanteurs se partagent une partition, essentiellement interprétée en arabe, où la voix populaire prime, où l’on décèle aussi une espèce de récitatif ponctué de notes pivots sur lesquelles s’appuient les mélopées, parfois doublées ou imitées avec une certaine économie de moyens, par le violon (Zied Zouari), la clarinette (Selahattin Kabaci), le violoncelle (Yassir Bousselam)… Une matière sonore essentiellement horizontale, mélodique, qui se densifie et s’allège, aux rythmes chaloupés de percussions (Wassim Halal), colorée de quanûn (cithare traditionnelle – Abdulsamet Çelikel), et qui module, passe par de multiples états s’emboîtant vivement ! Les chanteurs, tous réputés dans leur pays d’origine, parviennent à donner à la ligne vocale, souplesse et liberté, dans les expressions de joie, doute, solitude, douleur, jalousie, colère… et mettent leur art au service du projet dramatique commun. La narration (en français), voix symbolique de la sagesse, est judicieusement confiée à une femme, Kalîla (Ranine Chaar), sœur jumelle de l’ambitieux et maléfique Dimna (Moneim Adwan). Le Roi, lion fragile barytonant, est interprété par Mohamed Jebali, le rôle de sa Mère, régente castratrice, est chanté par Reem Talhami, quand l’aède Chatraba («  Si vous tuez un poète, il renaîtra en mille chansons.. » leitmotiv de l’opus) est puissamment incarné par le jeune Jean Chahid. Sur la fin, le passage de l’arabe au français, par l’héroïne, donne au spectacle un accent de comédie musicale, avant qu’un chœur polyphonique, fort réussi, n’achève l’ouvrage à l’image des opéra classiques. Une expérience musicale unique qui s’inscrit dans la continuité d’un spectacle créé l’an dernier pour Aix en Juin : La Colombe, le Renard et le Héron!

JACQUES FRESCHEL
Juillet 2016

Kalîla wa Dimna à l’affiche au Festival d’Aix jusqu’au 17 juillet.

08 20 922 923 festival-aix.com

Photo © Patrick Berger / ArtComArt

Lire aussi les retours du Festival d’Aix à propos de Pelléas et Mélisande et Cosi fan Tutte, à retrouver sur le magazine ZIBELINE n°98 à paraître en kiosque le 16 juillet.


Théâtre du jeu de Paume
17, 21 rue de l’Opéra
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/