Twist à Bamako, film dansant, sentimental et politique de Robert Guédiguian

Twist à BamakoVu par Zibeline

Twist à Bamako, film dansant, sentimental et politique de Robert Guédiguian - Zibeline

Après les péripéties d’un tournage au Sénégal interrompu par la pandémie, Twist à Bamako, le dernier film de Robert Guédiguian est enfin à l’affiche. Un film historique : l’action se déroule au Mali dans les années 60, au tout début de l’indépendance du pays, dirigé par l’Union Soudanaise (USRDA) qui cherche à faire table rase du colonialisme et à mettre en place un système socialiste. Un film sentimental qui offre une superbe histoire d’amour entre Samba (Stéphane Bak), fils d’un riche commerçant de Bamako, ardent militant, et Lara (Alice Da Luz), jeune villageoise pauvre, victime d’un mariage forcé, fuyant son ivrogne de mari et sa famille. Un film politique qui suit le dévoiement progressif d’une révolution. De l’ère de l’exaltation, de la générosité, de la liberté, à celle du soupçon, des interdictions, de la délation. Le réalisateur montre les forces antagonistes, les commerçants rétifs aux réglementations, déçus de ne pas accroître leurs profits, les chefs de village (qui s’accommodaient très bien du colonialisme) garants des traditions ancestrales, patriarcales, rétrogrades, les paysans méfiants face à la collectivisation des terres, l’opposition villes-campagnes, les pressions des anciennes puissances coloniales par temps de guerre froide. Et au sein du gouvernement, l’influence grandissante de ceux qui combattent la culture impérialiste : twist, rock, jeans moulants, Cloclo et Salut les Copains : « L’énergie de la jeunesse doit être canalisée et doit servir à autre chose qu’à se trémousser ! ». Pourtant, la révolution est explosion de joie, partage. Samba et ses amis bringuent la nuit mais le jour durant, vont éduquer les paysans, cherchent à les convaincre, donnent l’exemple. Les photos en noir et blanc, calquées sur celles de Malik Sidibé (à l’origine du projet du réalisateur) s’intercalent dans le cours d’un film ivre de couleurs, de musique. Arrêt sur ces images des années 60 d’une jeunesse qui danse, flirte, sourit aux plaisirs de la vie. Comme les archives d’un futur bien moins riant où s’imposera la charia. Comme la preuve aussi, pour suivre Aragon, que le bonheur existe et qu’il faut encore y croire, à l’instar de la Lara vieillie dans la dernière séquence, qui danse à la barbe des Religieux et du malheur.

ELISE PADOVANI
Janvier 2022

Twist à Bamako de Robert Guédiguian est sorti le 5 janvier (2h09)

Photo : Twist à Bamako © Agat Films