Turandot, 2ème : le miracle Alagna… ?Vu par Zibeline

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Des moyens énormes, musicaux, dramatiques, scéniques, un casting de rêve, une histoire mêlant éléments fantastiques, humains, burlesques, Alagna guéri (?), tout était réuni le 31 juillet pour une belle réussite, après une Première chahutée  trois jours auparavant. L’orchestre National de France sonne merveilleusement, même lorsque la direction de Michel Plasson peu à l’aise dans ce répertoire, flotte dans les attaques, les accents, et freine ce dynamisme. Les chœurs (Avignon, Toulon, Nice, Tours) semblent avoir toujours chanté ensemble, et les interventions de la jeune Maîtrise des Bouches du Rhône sont très justes. La cohésion polyphonique est parfaite, grâce à Avi-Yona Bueno (éclairages) qui diffuse sur le mur antique d’impressionnantes palettes multicolores, et à la mise en scène fluide de Charles Roubaud, maître des lignes et des espaces qui sont comme une illustration des voix : la profondeur des six colonnes est magique, avec sa passerelle, lieu des entrées impériales (Altoum) ou des annonces terribles, par le très convaincant Luc Bertin-Hugault (Mandarin).

Quant à la star ? La beauté du timbre, l’élégance de la ligne, le phrasé, (non piangere Liu)  de Roberto Alagna compensaient des aigus manquant encore ce soir là de brillant, malgré la fierté visible qu’il avait à contredire les critiques violentes de l’avant-veille, remettant son organe en marche en si peu de temps ! Quant à Lise Lindstrom elle est Turandot, voix percutante, fusant comme une lame, protégeant son isolement glacial. (in questa reggia).  Les énigmes que résout  Calaf  (Speranza, Sangue, Turandot) la font vaciller ; elle devient plus humaine, dans sa féminité retrouvée (duo final). La Liù de Maria Luigia Borsi est plus fragile, mais aussi plus nuancée : Signore ascolta, suspend ses aigus pianissimi dans l’immensité toujours impressionnante du colossal amphithéâtre. Marco Spotti est un Timur sombre, d’une belle voix homogène, Ping, Pang, Pong sont excellents vocalement et scéniquement . Le gong fit retentir son verdict devant Auguste, et le public conquis lmui réserva un triomphe. Plasson, libéré,  pouvait trisser le thème du Nessun dorma, tutti, depuis la scène ! Grâce au miracle d’une voix retrouvée… en partie.

YVES BERGÉ

Août 2012

 

Turandot. Mardi 31 juillet 2012. Chorégies d’Orange

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