Vu par Zibeline

Presque tout l’univers et Conversations avec ma mère, même réalisme magique

Tupolev et tango

Presque tout l’univers et Conversations avec ma mère, même réalisme magique  - Zibeline

Le 3 juin 1973 au cours d’un meeting aérien au Bourget un Tupolev 144 explosait en vol …vous vous souvenez ? Christian Carrignon, lui, était aux premières loges dans sa cité de briques rouges du temps où la banlieue pleine de rêves et de gens pas trop tristes bordait les champs de betteraves ; ce soir il est sur scène à partager avec son copain Alain Simon, autre homme de theâtre, non pas la tartine du goûter mais ces bribes, ces fragments, ces éclats de voix et de lumière dont les souvenirs sont faits . « L’acteur vient d’où il sort » dit Valère Novarina et les deux comédiens semblent se régaler de ce récit d’enfance écrit et dit par l’un, lu par l’autre dans une connivence légère qui tient lieu de mise en scène. Des objets bien sûr sortis du trou d’un grand sac à malices (qui fournira même de la fumée) vont aider à raconter gentiment ces années-là faites de dignité ouvrière et d’impatiences juvéniles ; l’inventaire , bien géré par les deux vieux gamins renvoie à un monde possible en route vers un meilleur aussi lointain désormais que celui que délivraient les images des tablettes de chocolat à la jeunesse gourmande ; c’est sans doute à peu près le seul élément troublant de ce paisible et rassurant spectacle ! Quelques jours plus tard, c’est l’ Argentine en 2001 et toujours le plateau du théâtre de Lenche ; une cuisine encore, deux chaises et un crash économique : Maurice Vinçon met en scène les Conversations avec ma mère adaptées du film de Santiago Carlo Oves ; un dialogue entre les trois murs fissurés de la classe moyenne, de la tendresse cruelle et de la vie à réinventer perpétuellement . Jaime ( Roland Peyron ) victime du chômage tente maladroitement, empêtré dans la culpabilité, de récupérer son appartement occupé par sa mère de 82 ans ( Betty Krestinsky, naturelle ..trop peut-être) et l’anarchoretraité Grégorio qu’elle a rencontré devant sa porte (on ne le voit pas ; on en parle) ; c’est une comédie puisque les répliques fusent et que la salle rit, humaine puisque nous y sommes tous, sociale puisque défilent sur le mur du fond des images de colère collective, de manifestations violentes et de tango serré ; travail à l’ancienne qui installe en 6 tableaux un certain plaisir à voir jouer « comme si c’était vrai » une pièce qui baigne aussi tranquillement dans le réalisme magique ; beau rideau de pluie à la fin dont les gouttes luisent sur les costumes du salut . Voilà donc deux propositions sincères et émouvantes qui rappellent que l’on peut rêver sans dormir au théâtre .
MARIE JO DHO
Février 2015

Presque tout l’univers de Christian Carrignon et Alain Simon a été donné du 3 au 7 février
Conversations avec ma mère mis en scène par Maurice Vinçon est joué jusqu’au 28 février au théâtre de Lenche .

 


Théâtre de Lenche
4 Place de Lenche
13002 Marseille
04 91 91 52 22
http://www.theatredelenche.info/