Rigoletto à l’Opéra de Toulon

Tube de rentréeVu par Zibeline

Rigoletto à l’Opéra de Toulon - Zibeline

Même si la recette peut paraître éculée, l’Opéra de Toulon a décidé de démarrer sa saison lyrique 2018-2019 par un des opéras les plus joués au monde. Pariant sur un plateau prometteur et une direction idoine, le risque était calculé et cette production de Rigoletto, l’inusable opéra  membre de la fameuse trilogie populaire de Verdi, dont la musique avait déjà cloturé la précédente saison, fut un succès. Pourtant, avec une vision atemporelle, voire anachronique  portée par des décors faits de structures en acier évoquant plutôt une friche industrielle et des costumes en latex teintés de science-fiction à la manière de Lynch dans Dune, la mise en scène d’Elena Barbalich avait de quoi dérouter les amateurs de classicisme et de fidélité au livret par sa noirceur futuriste. Néanmoins, cette lecture de l’ouvrage avait le mérite de ne pas le dénaturer et se permettait même quelques clins d’œil assumés à la renaissance parsemés dans le décor, à l’image du corps des danseuses, censées symboliser le stupre dans le premier acte, évoquant en sculptures vivantes celles du Bernin. Cette adaptation lui rendait même grâce en prouvant à quel point il pouvait être hors du temps car  c’est bien la musique et le chant qui en sortaient grandis et transfigurés par la métamorphose chronologique. La réussite du spectacle tenait aussi grâce à un orchestre impeccable, dirigé avec une rigueur musicale éloquente par Daniel Montané. Forts d’un  tel écrin, les chanteurs ont joué leur rôle à la perfection. L’ampleur du timbre et la puissance de Mihaela Marcu donnait à son personnage de Gilda une profondeur et une maturité de prima donna appréciables, Francesco Landolfi usait d’un timbre plus feutré pour donner une once de fragilité supplémentaire à son Rigoletto tandis que Marco Ciaponi brillait de mille feux dans le rôle du duc de Mantoue où son timbre d’airain faisait merveille. En ensembles ou en soliste, chacun jouait à merveille sa partition bel cantiste. Les membres du chœur n’étaient pas en reste, comme c’est souvent le cas dans la musique du transalpin et jouaient avec envie leurs personnages achevant de donner une force et une cohésion  dramatiques à ce spectacle convaincant à plus d’un titre.

ÉMILIEN MOREAU
Octobre 2018

La production de Rigoletto a été donnée les 5, 7 et 9 Octobre 2018 à l’Opéra de Toulon

Photographie : Rigoletto © Frédéric Stéphan