Retour sur la projection du film Tomboy à l'Alhambra CinéMarseille en présence de Marcel Rufo

Tu vois le genre, Marcel !Vu par Zibeline

• 17 mars 2014 •
Retour sur la projection du film Tomboy à l'Alhambra CinéMarseille en présence de Marcel Rufo - Zibeline

«Vous le connaissez John Money, vous, monsieur Rufo, qui savez tant de choses ? Vous ne le connaissez pas ?» Le ton est provoquant, méprisant. Celle qui tient ces propos le fait après avoir appelé à ne pas projeter le film Tomboy aux élèves qui participent à l’opération «Ecole et cinéma». Il ne faut pas que l’école vienne s’immiscer dans ce qui est la prérogative des familles, il ne faut pas que l’école prenne la place des parents, il ne faut pas… il ne faut pas… l’école doit se contenter d’apprendre à lire, écrire, compter.
Marcel Rufo venait de livrer les réflexions que lui inspirait la projection du film de Céline Sciamma le lundi 17 mars à l’Alhambra, mettant à profit sa riche expérience professionnelle pour cerner le personnage de Michaël/Laure, petite fille qui veut faire croire qu’elle est un garçon. Prémices d’homosexualité ? de transsexualité ?
Si la majorité des participants, enseignants, parents, quelques jeunes, montraient leur intérêt pour ce film sobre et sensible, deux intervenantes -bien «courageuses» au demeurant dans une salle qui ne leur était pas favorable- ont voulu faire entendre avec une agressivité stérile, un énième discours sur la théorie du genre dont le film serait un ultime avatar. Rien de nouveau, la rumeur est à l’œuvre et le propos ressemble à une leçon bien apprise, la véhémence en plus. La majorité du public fait preuve d’un calme remarquable, à l’image d’un Marcel Rufo qui répond sans rien lâcher, et poursuit sa réflexion. Mais comme dans un ballet bien réglé, deux autres intervenants vont prendre le relai : cette fois, l’auditoire a droit à une attaque en règle du film qui ne serait qu’un élément d’un vaste complot parfaitement organisé destiné à corrompre notre jeunesse et notre société, complot où se mêlent, entre autres, le mariage pour tous et un autre film, La vie d’Adèle du réalisateur Abdellatif Bakchich (sic !). Et pour atteindre la nausée complète, il faut attendre la «quenelle» qui conclut cette intervention, quenelle numéro…, on préfère oublier. Paradoxalement, ces dérives sont tellement outrancières qu’elles font une promotion inespérée au film Tomboy, dont un intervenant rappelle qu’il ne s’agit pas d’un reportage, mais d’une œuvre de création, d’une fiction, bref d’un film. On avait presque oublié qu’on était au cinéma !

ANDRÉ GILLES
Mars 2014

Le film Tomboy de Céline Sciamma a été projeté le 17 mars à l’Alhambra CinéMarseille

Cinéma l’Alhambra, Marseille
04 91 03 84 66
www.alhambracine.com

Photo : Tomboy de Céline Sciamma © Pyramide films