Amjad Abu Alala signe à grand fracas le retour du cinéma soudanais

Tu mourras à vingt ansVu par Zibeline

Amjad Abu Alala signe à grand fracas le retour du cinéma soudanais - Zibeline

Avec Tu mourras à vingt ans, Amjad Abu Alala est revenu de Dubaï, où il avait fait ses premières armes, à son Soudan natal. Avec pour projet, pour son premier long-métrage, de mettre en images le texte d’un autre exilé : Hammour Ziada. Ce dernier, établi en Égypte depuis son bannissement, y dénonçait une société soudanaise sclérosée, hantée par la mort dans ses moindres recoins. Tu mourras à vingt ans est nimbé de cette torpeur suffocante, de cette résignation froide et implacable. L’image, aux couleurs sublimes, l’enrichit cependant d’une luminosité diaphane. Elle donne à ce récit des allures de conte, de réalisme magique. On y suit le jeune Muzamil de sa naissance à ses vingt ans, âge auquel un cheikh soufi a prévu sa mort précoce.

 

 

L’itinéraire de cet enfant maudit, vivant avec ses proches dans l’attente de sa propre fin, y devient à la fois tangible et métaphorique. Le père de Muzamil – Talal Afifi, impressionnant – fuit le domicile familial dès la prédiction du cheikh ; sa mère – formidable Islam Mubarak – porte le noir du deuil en prévision de cette mort certaine et exclut son fils de l’école. À quoi bon lire, en attendant la mort, autre chose que le Coran ? Tenté par l’amour de sa jeune voisine Naima – ravissante Bunna Khalid – puis par le désir d’indépendance prodigué par le libéré Suleiman, Muzamil demeure pétrifié par l’immanence de sa fin. L’espoir réside ailleurs : dans la belle alchimie qui a donné lieu à ce désir contagieux de cinéma, et qui a les traits et la jeunesse de Mustafa Shehata. Puis dans le film même : ce premier long-métrage est en effet le premier du Soudan depuis deux décennies. Il signe, dans une heureuse convergence éphéméride, la fin du régime islamique d’Omar Al-Bashir.

SUZANNE CANESSA
Février 2020

Tu mourras à vingt ans de Amjad Abu Alala est sorti le 12 février (1h45)

Photos © Pyramide Distribution