Vu par Zibeline

Retour sur l'exposition Rodin, La lumière de l’antique au Musée départemental Arles antique

Troublants face à face

• 6 avril 2013⇒1 septembre 2013 •
Retour sur l'exposition Rodin, La lumière de l’antique au Musée départemental Arles antique - Zibeline

Trois années de préparation pour cette exceptionnelle exposition, Rodin, La lumière de l’antique, qui s’inscrit dans la continuité du travail amorcé avec Ingres et l’antique (2006-2007) au musée archéologique d’Arles. Le montage en fut complexe, les œuvres provenant du monde entier… Pascale Picard, commissaire générale de l’exposition, présente avec une grande finesse, nourrie d’anecdotes et de précisions historiques, la scénographie de l’exposition. Ni lourde ni didactique, elle fournit en quelques grands panneaux les informations nécessaires à la situation des faits, de leurs enjeux esthétiques. Rodin, explique-t-elle, au contraire des artistes de la Renaissance (qui vont aussi l’inspirer, particulièrement Michel-Ange), ne copie pas, mais continue la manière des artistes de l’antiquité gréco-romaine. L’objectif est d’atteindre leur virtuosité, dans leur invention et leur représentation de la nature. L’œuvre, comme chez les Grecs, est destinée aux dieux. Ainsi, la première version de L’homme qui marche était montée sur une colonne de 2m50 : les gens ne la voyaient pas !
Soulignant cette continuité, l’exposition ne se coupe pas des collections permanentes du musée, qui auraient passionné le sculpteur : ce sont de grandes toiles de tulle qui par leur transparence permettent au regard de s’évader, d’appréhender la porosité des genres, des époques. Le parcours de l’exposition s’orchestre en trois thèmes, L’atelier sacré, La beauté tranquille de l’antique : d’Aphrodite à Ève, L’ombre de l’antique. Avec en perspective l’Homme qui marche et le Penseur, un ensemble d’œuvres issues de la collection classique de Rodin sont assemblées, du Togatus de type impérial aux têtes d’Athéna.
Arpenteur inlassable des musées, Rodin était un boulimique d’antiquités : sa collection personnelle comprendra 6 000 pièces (dont 2 000 gréco-romaines) qui couvrent l’histoire de l’art de l’Orient à l’Occident. Trois fois refusé aux Beaux-arts, il s’est formé par le regard, fréquentant le Louvre, le British Museum. Manquant d’argent pour se procurer le matériel nécessaire à la peinture, il passe de longues heures à reproduire les statues : pour cela un crayon et du papier suffisent ! Les statues antiques étant pour la plupart tronquées, il sculpte la tête de l’Homme au nez cassé qui par son infirmité les évoque. Refusée au Salon, elle ouvre l’exposition en forme de revanche posthume !

Continuité et relecture
Les œuvres sont installées dans une perspective qui permet leur confrontation, à travers quelques principes simples : Rodin reprend le découpage en 4 plans (jambes, hanches, torse, tête) de l’art antique dont il admire la sérénité et la maîtrise. Ainsi, le Diadumène (jeune athlète se ceignant du bandeau de la victoire) trouvé à Vaison, donne une nouvelle perspective à l’Âge d’airain, dont la perfection avait fait dire aux détracteurs de Rodin qu’il s’agissait d’un moulage !
L’étude du mouvement voit son accomplissement dans l’Homme qui marche. Rodin met en œuvre une esthétique de l’inachèvement, le non finito de Michel-Ange, pour signifier les remuements de l’âme, la perpétuelle tension vers la perfection. Il accorde aux formes une vision allégorique, et relit l’antique à travers l’héritage judéo-chrétien : Aphrodite est transcrite en Ève, et la figure sereine prend un visage tourmenté. La scénographie installe avec humour l’Ève de Rodin, humble, derrière la magnifique Vénus d’Arles, revenue dans sa région d’origine le temps de l’exposition.
Une série de dessins, des photographies, jalonnent le couloir qui mène à l’entrée de la pièce plongée dans un clair-obscur d’où émergent les formes des statues, grands groupes mis en perspective, le monument à Victor Hugo avec le Laocoon. Un éblouissement ! Autour, des formes plus petites, merveilles de finesse, comme la Centauresse, le jeune Pan retirant une épine du pied d’un satyre. En écho la vidéo du théâtre du Centaure dans l’atrium… Cette exposition sait à la fois transcrire la pensée d’un sculpteur majeur, et combler le visiteur par sa disposition qui joue avec humour de celle des grandes collections du XIXe.

MARYVONNE COLOMBANI

Avril 2013

Rodin, La lumière de l’antique
Jusqu’au 1er septembre
MdAA, Arles
www.arles-antique.cg13.fr


Musée Départemental Arles Antique
Avenue 1e-Division-France-Libre
Presqu’île du Cirque Romain
13200 Arles
04 13 31 51 03
http://www.arles-antique.cg13.fr/