Trobar Project à l’abbaye de Boscodon dans le cadre d’Artistes en Présences de Chaillol

Tropiques alpinsVu par Zibeline

Trobar Project à l’abbaye de Boscodon dans le cadre d’Artistes en Présences de Chaillol - Zibeline

Invité en résidence par l’Espace Culturel de Chaillol, l’ensemble Trobar Project s’attachait à la création de son nouveau spectacle, Exils – celles qui restent et celles qui partent. En préambule le groupe explique : « De tout temps, de toute époque, l’exil s’est déposé dans le paysage des hommes… et dans le chant des femmes ». Les mots et leurs mélodies émergent des siècles passés, ourlés de la fragile poésie que déposent les strates du temps. L’hommage aux femmes disparues égrène airs et rythmes auxquels les voûtes romanes de l’abbaye de Boscodon font écho, comme une trace sensible de ce qui s’est éteint, voix oubliées que remémorent les harmoniques. La voix d’Eugénie de Mey épouse avec une subtile délicatesse les variations qui évoquent croisades, deuils, complaintes persanes, rondeau, amours perdues et inconstances grâce aux pièces de Guillaume de Machaut, Guiot de Dijon, ou de compositeurs inconnus, un solo de Tabor, des chants séfarades… Le Planctus de Ms de Las Huelgas, « déploration pour les filles tuées de mon peuple », ajoute à la dimension tragique des départs, l’intime se hausse à l’universalité. Les compositions de Thierry de Mey viennent alors dessiner leur orbe, se glissent dans les vers de Quevedo, Amor Constante mas alla de la Muerte, ou s’envolent en un triplex pour voix seule, Would Never (composition commandée aussi par le Festival de Chaillol) et rappellent combien la question de l’exil reste toujours actuelle. Les percussions de Julien Lahaye suivent de leurs rythmiques complexes la poésie des chants tandis que Pierre Hamon aux flûtes apporte ses diphonies. Les timbres se mêlent avec une sobre élégance, cultivent les symétries, pétrissent les textes et les transmutent en une matière sonore finement sculptée. La tresse des prénoms de la dernière œuvre de Thierry de Mey bouleverse. Issus des frémissements du vent (signifiés par les vases-galets dont la terre provient de Wissant à côté de Calais…), les prénoms prennent chair, en une poignante psalmodie… Saisissante pépite !

MARYVONNE COLOMBANI
Septembre 2020

Concert donné le 23 Septembre dans l’abbaye de Boscodon, dans le cadre d’artistes en présences initié par le Festival de Chaillol

Photographie : Trobar Project © Hubert Caldagues