Vu par Zibeline

Retour sur Le Caire à corps perdu de Khaled Osman paru aux éditions Vents d'ailleurs

Trop de mémoire

Retour sur Le Caire à corps perdu de Khaled Osman paru aux éditions Vents d'ailleurs  - Zibeline

On ne peut s’empêcher en lisant le premier roman d’un traducteur reconnu –Khaled Osman a été récompensé à plusieurs reprises pour ses traductions de Naguib Mahfouz ou Gamal Ghitany- de guetter l’imprégnation de la langue des «autres», ceux dont il est le passeur talentueux.
Pour contrer cette lecture un brin perverse, l’auteur qui semble avoir tout prévu (ce n’est pas le moindre défaut de ce récit suréquipé) construit une narration trouée de réminiscences littéraires et cinématographiques qui sont autant de fragments non dissous, flottant parfois maladroitement à la surface de l’amnésie partielle du personnage central. Victime d’un malaise dans le taxi qui le ramène au centre du Caire sa ville d’origine, l’homme venu de France pour se retrouver, perd tout et surtout son identité ; il devient Nassi «l’Oublieux» pour la chaleureuse compagnie (tous formidables, pas de traitre à signaler) de la pension de famille  qui le recueille généreusement ; galerie de portraits couronnée par la mère de substitution Sett Baheya, figure si souvent approchée dans les arrière-boutiques des maîtres cités plus haut. Panorama de la grande culture égyptienne et heureusement loin des nouveaux clichés déployés à partir de la place Tahrir, Le Caire à corps perdu peine à sortir de l’écriture «littérature de jeunesse» avec ses dialogues appliqués et ses bons mauvais sentiments. Trop apprêté, empesé pour l’examen de passage… Vite comme le héros toujours sans nom à la fin du roman, il faut donner «un vigoureux coup de pieds dans la couche de joncs et de lichens qui tapissent le lit du fleuve» pour reprendre un peu d’air frais, comme nous y invite la collection Vents d’ailleurs aux si belles jaquettes.

MARIE JO DHO

Avril 2013

Le Caire à corps perdu
Khaled Osman
Vents d’ailleurs, 18 €