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Mary’s à Minuit, Pour Bobby et À plein gaz au Théâtre des Halles au Festival Off d'Avignon

Trois solos de Valletti

Mary’s à Minuit, Pour Bobby et À plein gaz au Théâtre des Halles au Festival Off d'Avignon - Zibeline

Mary’s à Minuit

Catherine Marnas avait créé ce spectacle il y a 17 ans, avec Martine Thinières, qui lui avait fait découvrir le texte. Un monologue douloureux, celui d’une femme délaissée, simplette, inadaptée, dont la pensée tourne en rond, se répète, chemine étrangement, avec des éclairs de lucidité sidérant. Le texte était tendre et drôle, cruel de solitude, mais pas tragique… 17 ans après il l’est devenu. Les robes de mariée qui entourent Maryse semblent aujourd’hui flotter comme des spectres : Martine Thinières, plus âgée, fait vibrer plus cruellement cet échec de vie, le rejet profond, le désir d’amour. Elle est constamment juste, et bouleversante dans la dernière scène, quand elle retire comme un masque sa perruque rose pour laisser apparaître les marques du temps… Mais ce texte résonne aussi différemment parce que la société est devenue plus cruelle, plus excluante. Que les psychiatres s’inquiètent de la forte recrudescence des maladies mentales, en particulier chez les jeunes, chez les femmes. Cette Maryse pourrait, bien plus qu’il y a 17 ans, être nous, notre voisine, notre sœur, dans une classe populaire prête très souvent à basculer dans la folie.

Pour Bobby

Alain Timar s’est lui aussi penché sur un solo pour femme de Serge Valletti, traquant toujours ces singularités qui poussent certains d’entre nous vers ces états limites, borderline, où le réel perd pied. Charlotte Adrien incarne une jeune femme pleine de vie, d’énergie, prête à travailler, être « distributrice » ou « metteuse », être utile et se préparer, comme tout le monde, un « frichti » le soir. Le texte de Valletti, fondé sur une tension moins digressive que Mary’s à Minuit, dévoile peu à peu les difficultés sociales, les chocs subis, son désir de « déchoquer » qui se heurte à des murs intimes et à l’incompréhension des psychiatres… jusqu’à la révélation finale, bouleversante.

À plein gaz

Ce solo-là remet profondément en cause l’empathie que l’on éprouve généralement avec les personnages de théâtre. Parce que la folie de cet homme, son dérangement, l’amène vers une violence criminelle, un féminicide, et l’attentat qu’il pourrait perpétrer après même si les psys l’ont déclaré inoffensif. Contrairement à ses solos de femmes, Valletti a créé ici un personnage déplaisant, mais dont on comprend chaque faille, chaque motivation. L’oppression du travail, les trois huit inhumains qui le dérèglent et laissent sur sa peau une constante odeur d’huile. Ses rapports avec sa femme qui dégénèrent. Ses rêves qui n’en sont pas, sa violence immaîtrisée qui le dépasse, le tord et le torture. Alain Timar le place dans le même décor immaculé et pseudo bourgeois que la jeune femme de Pour Bobby, fait entendre, là encore, les voix qui naissent de la psychose. Nicolas Gény est inquiétant, ironique, antipathique, et puis bouleversant parfois d’éclat de douleur niée.

Agnès FRESCHEL
Juillet 2019
Mary’s à Minuit, Pour Bobby et À plein gaz ont été joués au Théâtre des Halles du 5 au 28 juillet

Photo
Mary’s à Minuit © Frédéric Desmesure
Pour Bobby © Charlotte Maignan
A plein gaz © Charlotte Maignan


Théâtre des Halles
4 rue Noël Biret
84000 Avignon
04 90 85 52 57
http://www.theatredeshalles.com/