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29e édition du FID Marseille, avec une Huppert en majesté

Trois jours au FID

• 10 juillet 2018⇒16 juillet 2018 •
29e édition du FID Marseille, avec une Huppert en majesté - Zibeline

C’est sous les étoiles, au Théâtre Silvain qu’a démarré la 29e édition du FID Marseille, avec une Huppert en majesté

Le 10 juillet, – soir de la demi-finale du Mondial de football France/Belgique, le public était bien là pour accueillir l’invitée d’honneur, l’actrice Isabelle Huppert, et voir un des 14 films proposés dans l’Ecran parallèle qui lui est consacré : Home, le premier long-métrage d’Ursula Meier, une fable où elle joue avec Olivier Gourmet. Jouer AVEC, écouter l’autre, une des choses les plus importantes pour une actrice. Le lendemain, à La Villa Méditerranée, celle que Wikipédia définit comme un « monument du cinéma français et international », de sa voix posée et douce, a parlé pendant deux heures de son métier d’actrice au cinéma et au théâtre. Un entretien mené par Antoine Thirion et Caroline Champetier autour de quatre axes : Comment choisit-on un projet ? Comment prépare-t-on un rôle ? Quelles questions l’acteur se pose-t-il pendant le tournage ? Quel regard porte-t-il sur le film fini ? Au fil des réponses agrémentées d’anecdotes souvent drôles – en particulier sur un Godard qui lui fait donner des cours de bégaiement et veut lui enseigner à monter une horloge suisse-, on apprend que, quelque soit l’économie du film, la méthode du réalisateur ou du metteur en scène, l’actrice crée, pour chacun de ses rôles, son propre territoire. S’il sert le projet collectif et le rêve d’un autre, il n’en est pas moins un espace de liberté où elle puise force et joie et peut créer une distance nécessaire. « On agit autant qu’on est agi » dit-elle. « Moi tout me va ! » ajoutera-t-elle en évoquant le tournage en jungle de Captive de Mendoza, entre araignées et serpents, où son épuisement bien réel a facilité son jeu. Capacité à positiver les obstacles, à être entièrement là, disposée et disponible pour absorber tout ce qui construit un personnage. Foi en la force de la mise en scène « qui résout souvent tous les problèmes ». Intelligence, culture, font à coup sûr – si tant est qu’on puisse en douter-, d’Isabelle Huppert une actrice exceptionnelle.

La compétition

Parmi les 15 films en compétition internationale, Summerhouse du cinéaste croate Damir Cucic nous emmène dans un voyage sonore aux côtés d’un ingénieur du son aveugle (Vojin Péric, acteur et directeur de théâtre aveugle), dans un hôtel désert, coupé du monde dont on ne voit, par la porte d’entrée, que des arbres couverts de neige. Lieu clos où Péric peut aisément se déplacer, installant son matériel, des sièges pour accueillir les trois personnages dont il va enregistrer une parole hésitante. Trois chapitres, une femme et deux hommes qui ne se rencontrent pas. Des mots qui révèlent des souvenirs d’enfance violents, des traumatismes enfouis. Le film donne aussi à voir le quotidien d’un homme aveugle, autonome, au travail, mais également les pauses repas, dans l’immense salle de restaurant vidée de ses touristes estivaux. On le suit dans les longs couloirs déserts quand il regagne sa chambre ou va visiter celle de ses personnages. Un superbe film qu’on regarde avec les oreilles. D’oreille et de vue, il en est aussi question dans Walked the Way Home , en compétition française, réalisé par Eric Baudelaire, un habitué du FID comme sa monteuse Claire Atherton. Mais liées cette fois à la surveillance dont nous sommes l’objet depuis les attentats des années 80. Le réalisateur, téléphone à l’oreille, filme au ralenti, à leur insu, les militaires en treillis, arme au poing, et les passants. Au pied de son atelier parisien, puis à Rome, dans la verticalité de l’image de son Smartphone, l’omniprésence policière et le flux urbain qui va et vient, indifférent, semblent vus par une meurtrière, un œil du serpent, un trou de serrure, ou devient un miroir qui nous serait tendu : l’état qui devrait être d’exception s’est banalisé. Les mêmes images se répètent ; le ralenti, et la musique d’Alvin Curran, leur confèrent une inquiétante étrangeté. International, multiple, ouvert, le FID propose comme toujours un programme foisonnant et unique.

ANNIE GAVA et ELISE PADOVANI
Juillet 2018

Photo: Summerhouse de Damir Cucic -c- DR

La 29e édition du FID Marseille s’est tenue du 10 au 16 juillet


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