Nord nord ouest de Sylvain Coher, un roman qui tient le cap et fait voguer vers le grand large

Trois jeunes sur un bateauLu par Zibeline

Nord nord ouest de Sylvain Coher, un roman qui tient le cap et fait voguer vers le grand large - Zibeline

Ils en ont «emprunté» des voitures, et volé des vêtements, de la nourriture, de l’argent, durant les plus de mille kilomètres qu’a duré leur cavale. Eux, ce sont Lucky et le Petit, des presque frères, unis par un passé traumatisant qu’ils ont laissé loin derrière eux, dans le Sud. Les voilà à Saint-Malo, devant la Manche, à quelques encablures de l’Angleterre. Les voilà avec la Fille, la dernière conquête de Lucky, qui rêve de fuir son ennuyeuse cité malouine pleine «de vieux et de touristes». Et bientôt les voilà qui mettent les voiles à bord du Slangevar. Cap au nord nord ouest. «On part en balade mercredi et jeudi soir on se tape une Guinness en Angleterre», a déclaré Lucky. Sauf qu’évidemment, rien ne se passera comme prévu. Surtout qu’à part les quelques notions de la Fille, ils ne savent pas manœuvrer un voilier (d’ailleurs pas équipé pour naviguer loin des côtes), que le Petit n’a pas trouvé de cartes marines -ils devront se contenter de l’Almanach du marin breton, bien utile au demeurant, mais pas pour tracer une route précise-, et que leur stock de provisions ne fera pas long feu. Chance des débutants ? Détermination de la jeunesse ? Le trio ne s’en sort pas si mal. Mais la «balade» tourne vite à l’odyssée catastrophe…

Sylvain Coher connaît bien la mer, la Manche et la navigation à voile. De nombreux termes techniques jalonnent, sans l’alourdir, son équipée narrative. Et il excelle aussi à rendre les mouvements de Slangevar (un véritable personnage, ce vieux quillard), les moments de la vie à bord et sur l’eau : l’impression d’infini, les longues heures d’ennui, les manœuvres précipitées, le dernier quart de nuit (le plus rude), le froid… Sa phrase se fait flottante comme la brume sur la mer, heurtée quand les vagues chahutent le bateau et les apprentis matelots. Si son flot ne s’illumine pas de radiances rimbaldiennes, il prend toutes les nuances de gris et porte avec lui l’âpre poésie du large. Alors on se laisse aller à la houle des mots… au risque d’attraper le mal de mer !

FRED ROBERT
Janvier 2016

Nord nord ouest
Sylvain Coher
Actes Sud, 20 euros

Sylvain Coher était à Marseille en décembre pour la création, au théâtre de la Criée, du premier volet des Petites cantates policières, opéra contemporain (dirigé par Roland Eyrabédian) dont il a écrit le livret. C’est à cette occasion qu’il est venu parler aussi de ce roman à la librairie Maupetit