Madama Butterfly fait vibrer le Corum de Montpellier

Triomphe de la tragédieVu par Zibeline

Madama Butterfly fait vibrer le Corum de Montpellier - Zibeline

Rien ne semble résister à l’Orchestre national Montpellier Occitanie. Incontestable star, au même titre que ses interprètes de renom, du Fervaal donné cet été (voir journalzibeline.fr), l’orchestre confirme la qualité rare de ses pupitres -les soli sont toujours éclatants- ainsi que sa cohésion à tout épreuve. Sous la baguette affûtée de Matteo Beltrami, il ne fait qu’une bouchée du contrepoint poétique de Puccini, de sa peinture si colorée et mouvante des sentiments et du drame, de son alchimie entre sonorités occidentales et japonaises. Il a notamment l’intelligence de ne pas s’appesantir sur les traits les plus orientalistes de la partition, là où d’autres auraient surjoué leur dimension contemplative au détriment de l’esprit de la pièce : le compositeur souhaitant avant tout rendre justice au flegme modal nippon face au pompiérisme américain.

Au diapason de cette lecture musicale irréprochable, la mise en scène de Ted Huffman propose, à rebours des décors surchargés et kitsch souvent réservés à cet opéra, une direction d’acteurs et un décor des plus sobres. Le tout ne rend cependant pas la tâche facile aux chanteurs, qui semblent parfois contraints dans leur jeu comme dans l’espace scénique trop nu pour un déploiement vocal idéal. Mais cette difficulté n’a jamais raison de la qualité de jeu et de projection des interprètes. Karah Son est une Cio-Cio San idéale, aux aigus dévastateurs, qui possède une vaste palette de nuances vocales et théâtrales, indispensables au cheminement de la jeune geisha ingénue à la tragédienne. Jonathan Tetelman campe un Pinkerton à la fois lumineux et abject, capable de réunir séduction et répulsion dans une même phrase. Impuissants face au déroulement de la tragédie, Armando Noguera incarne avec solidité un Sharpless fuyant, et Fleur Barron propose une Suzuki impressionnante, d’une générosité de timbre et de jeu inépuisable. Au tomber du rideau, l’auditoire terrassé essuie vite ses larmes pour se lever et applaudir à tout rompre.

SUZANNE CANESSA
Octobre 2019

Madama Butterfly a été joué les 2, 4 et 6 octobre à l’Opéra de Montpellier

Photo © Marc Ginot

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