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Vu par Zibeline

Éric Le Sage, Pierre Fouchenneret et François Salque en trio à Salon

Trinité romantique

• 21 mars 2019 •
Éric Le Sage, Pierre Fouchenneret et François Salque en trio à Salon - Zibeline

À l’issue de la présentation du Festival International de Musique de Chambre de Provence (28 juillet au 5 août), une gourmandise en trio était proposée, réunissant le pianiste Éric Le Sage, l’un des trois fondateurs du festival (dont un CD consacré aux Nocturnes de Gabriel Fauré est sorti le 22 mars), le violoniste Pierre Fouchenneret et le violoncelliste François Salque. Un programme détaillé et finement présenté guide dans l’histoire et les intentions des œuvres avec érudition. En ouverture, le piano seul se glisse dans les multiples tensions de la Grande Sonate Pathétique de Beethoven, laisse parler les retards, nuance les accords diminués, nous emporte au fil de cette pièce qui se joue, passant des attentes au tumulte de passions qui se réfrènent puis s’emballent, en tempi virtuoses avant des apaisements où se dessine un regard espiègle… Tous les registres sont là, de la gravité d’émotions contenues à l’épanchement d’une âme, ici un cœur bat, là une respiration éclot. L’interprète, en poète inspiré, semble nous donner pour la première fois les clés de lecture de cette partition pourtant si connue, en décrypte les codes, met en évidence (sans aucune volonté didactique ou surplombante) les divers mouvements, en fait percevoir les moindres variations, avec l’humilité du lecteur qui sert le texte sans jamais le trahir. Violon et violoncelle rejoignent le pianiste pour le Trio des Esprits, ou Geister-Trio (n°5) du même Beethoven. Les fantômes de Macbeth et de ses sorcières s’immiscent dans les trémolos du piano, qui offre un cadre chatoyant aux conversations des deux autres instruments. Échos, réponses, phrases aux volutes parfois étranges, flirtant en acrobatiques contrepoints, brossent un paysage, une atmosphère où l’on s’étonne. Netteté des traits, fulgurances éblouies poursuivent leur exploration des partitions romantiques avec le subtil Trio avec piano n° 1 en ré mineur de Félix Mendelssohn. Virtuosités narratives, temps suspendu, où les mots s’effacent. En rappel, le mouvement lent du 2e Trio de Brahms. Douceur sensible… une idée du bonheur.

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2019

Concert donné le 21 mars au Théâtre Armand, Salon

Photo: c Aurélien Gaillard


Théâtre Armand
67 boulevard Nostradamus
13300 Salon-de-Provence
04 90 56 02 30
www.salondeprovence.fr