La compagnie suédoise Cirkus Cirkör a tricoté du lien au CREAC

Tricot suédoisVu par Zibeline

La compagnie suédoise Cirkus Cirkör a tricoté du lien au CREAC - Zibeline

Le 26 janvier, lors de la dernière représentation de Knitting peace, une création de la compagnie suédoise Cirkus Cirkör, le CREAC affiche complet.

Pendant que le public s’installe, une jeune fille mi-elfe, mi-page, toute de blanc vêtue, tricote avec ses bras, du coton. Les mailles se forment, la pelote se dévide jusqu’au bout.

Puis d’un geste rapide, son travail fini, la tricoteuse tire un fil, dénouant le maillage qui coule sur le sol. La lumière a baissé. Le rideau se lève. Le spectacle commence. Époustouflant !

Pendant une heure et demie, les corps des acrobates vont s’inscrire dans un dispositif qui se fait et se défait, sans jamais lâcher le fil d’une métaphore visuelle se déclinant avec virtuosité. Cordon ombilical qu’on sort du ventre des poupées de laine, fils qui se croisent, se nouent, se tordent, fil de funambule devenant archet de violon, résilles-réseaux, boucles qui se densifient dans des drapés-jungles où se suspendent les trapézistes, cocons géants qui les accouchent. Pelotes-mondes qui roulent sous le pas dansant des félins équilibristes ou se font nids-carapaces. Corde frémissante de l’échelle dont les nœuds se dénouent au fur et à mesure que l’acrobate la gravit. Chaque tableau invente une écriture nouvelle de mailles et de lignes qui s’effacent ou se combinent. Fragilité, force du lien. À l’arrière de la scène, au milieu des voilages et des tombés de laine, une tour noire, du haut de laquelle un barde mène la danse frottant, grattant les cordes de ses instruments, frappant les touches d’un xylophone. Rock celtique qui emballe la chorégraphie ou chant profond pénétrant toutes les fibres des tricots. Quelques taches de rouge dans la douceur du camaïeu de blancs apparaissent dans la dernière partie du spectacle. Incarnation ? En voix off on entend les réponses de gens interrogés sur leurs aspirations. Tricoter la paix ensemble et donner le meilleur d’eux-mêmes semblent être parmi celles majeures de ces artistes qui  à la fin de la représentation lancent aux spectateurs une longue écharpe, hommage de laine à la paix, au patient ouvrage qui tient chaud et rend heureux.

ELISE PADOVANI
Janvier 2013