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Vu par Zibeline

Les films de Hong Sang-soo à la 27e édition du FID Marseille

Triangle à géométrie variable

• 12 juillet 2016⇒18 juillet 2016 •
Les films de Hong Sang-soo à la 27e édition du FID Marseille - Zibeline

Parmi toutes les propositions de la 27ème édition du FID Marseille, l’occasion exceptionnelle d’appréhender l’ensemble de l’œuvre du cinéaste dont Martin Scorsese a pu dire qu’il était un des cinéastes contemporains les plus inspirants, le Sud-Coréen Hong Sang-soo. Pour ceux qui ne le connaissaient pas, un choc cinématographique. Voir un de ses 17 films, présentés de manière non chronologique, -normal pour ce cinéaste qui travaille sur la temporalité- inciterait presque à oublier qu’il y a plus de 200 films à découvrir dans les compétitions, écrans parallèles, séances spéciales et à se précipiter pour continuer à boire du soju avec ses personnages, cinéastes, galeristes, écrivains, acteurs, universitaires, étudiants, intellectuels plus ou moins ratés qui discourent beaucoup comme chez Rohmer ou Resnais. Pour déambuler avec eux à Séoul, Choonchun ou Mohang, partager leurs rencontres, leurs amours… Des films ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait autres, variations aux motifs récurrents laissant des impressions de déjà vu,-mais en est-on sûr ?-  car si on retrouve souvent les mêmes acteurs,  la mémoire se dérègle, le point de vue change …

Troisième film  de Hong Sang-soo. le premier en noir et blanc,  La Vierge mise à nu par ses prétendants (2000), au titre inspiré par La Jeune mariée mise à nue par ses célibataires, Même de  Marcel Duchamp, raconte la conquête sexuelle de Sookung par Jaehoo, vue d’abord par la jeune fille puis par son amoureux, rythmée par des titres de chapitres en surimpression, presque programmatiques, tels que  Peut-être par hasard, Peut-être par intention, Tout s’arrangera quand tu auras trouvé ton amour .

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La Vierge mise à nu par ses prétendants © ASC Distribution

Oki’s movie,(2010) son onzième long-métrage, est une composition de  quatre histoires avec le même trio de personnages, un universitaire, un étudiant devenu cinéaste et une jeune étudiante. Sont-ce vraiment les mêmes ? Est-on dans leur vie ou leur univers mental ? Le spectateur est délicieusement troublé et le dernier épisode, Le film d’Oki,  est un pur bijou. La jeune femme évoque en les comparant une promenade dans un jardin public pentu, aux côtés de deux hommes différents, le vieux monsieur et le jeune homme avec lesquels elle vécut une liaison.

Changement de perspective qu’on retrouve également dans le triptyque, In Another country, où une jeune fille écrit les histoires d’Anne, une Française de passage en Corée qu’incarne Isabelle Huppert. D’abord cinéaste en visite chez un confrère marié, puis épouse d’un industriel, en escapade amoureuse, enfin femme que son mari vient d’abandonner pour une Coréenne, Anne, dans une  petite station balnéaire de Mohang-ni, rencontre les mêmes personnages, parcourt les mêmes trajets. Tout est semblable et tout est différent. Une construction avec ses lignes, ses symétries, ses décalages, ses récurrences et ses différences qui surprennent le spectateur comme le moment où la jeune femme se met à bêler en apercevant des chèvres dans un enclos ou quand elle gifle à plusieurs reprises son amant après l’avoir passionnément embrassé.

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In Another Country© Diaphana Distribution

Même jeu de l’amour et de non hasard dans La femme est l’avenir de l’homme, au titre emprunté à Aragon, un avenir qui n’advient pas et nous désoriente vers un passé permanent creusant son sillon dans le présent des plans. Un professeur d’art plastique retrouve un ami cinéaste sans le sou. Ils partent chercher la jeune fille dont ils étaient tous deux épris , le triangle amoureux cher à Hong Sang Soo. Un triangle à géométrie variable, équilatéral ou isocèle, se composant et recomposant sans cesse dans des variations temporelles où on se perd avec délices. Des allers-retours qui empruntent le même chemin, dans le leurre d’un aller simple, à l’instar de ces traces de pas qu’imprime dans la neige, dès les premières séquences de ce film, un des personnages, marchant à l’envers puis avançant dans les mêmes empreintes.

Et  de film en film, retrouver ces échos qui de loin se confondent et souvent se répondent est un pur bonheur !

ANNIE GAVA et ÉLISE PADOVANI
Juillet  2016

FID / 27e édition du Festival International de Cinéma Marseille du 12 au 18 juillet 2016

Photo Hong Sang-soo © A.G.


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