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Vu par Zibeline

La "Nouvelle Ecole de Paris" retrouve la lumière au musée Granet

Traverser la couleur

• 10 novembre 2018⇒31 mars 2019 •
La

Après l’École de Paris des années 1920-30 raillée par certains critiques d’art, est apparue en 1944 la Nouvelle École de Paris autour d’un petit groupe de peintres : Jean Bazaine, Roger Bissière, Elvire Jan, Alfred Manessier, Jean Le Moal et Gustave Singier. Ni mouvement, ni esthétique commune, avec l’amitié seule comme ciment et Roger Bissière en figure d’ainé. Cette configuration était donc avant tout celle d’un groupe d’amis qui travaillaient souvent ensemble, dans les mêmes lieux et traitaient des mêmes sujets, et qui, au Salon d’Automne, fit sensation avec leurs tableaux aux couleurs vives et lumineuses dont André Lhote salua le « jeu des couleurs, du rythme des lignes et aussi de la vérité métaphorique de ces signes inventés ». Conscients de l’importance des anciens (le retable d’Issenheim peint par Grünewald pour Bissière, les Primitifs pour Singier), influencés par les maitres (Cézanne au premier rang), ayant retenu la leçon de Monet s’agissant de la lumière, de Bonnard et de Rouault s’agissant de la couleur, ils développèrent un langage nouveau qui n’avait d’égal que la puissance de la musique à laquelle ils se référaient souvent. Un « langage nouveau » dans le contexte de la Libération de Paris et la fin de l’occupation allemande, qui trouva son apogée vers 1950/60 avant d’être bientôt détrôné par la peinture américaine. Un groupe quelque peu tombé aux oubliettes, excepté au musée Granet qui accueille l’étape aixoise de l’exposition Traverser la lumière organisée par la Fondation Jean et Suzanne Planque.

Un mimétisme troublant

Si, comme il est écrit dans la préface du catalogue, ces peintres « ne se soucièrent nullement d’unifier ni de théoriser leurs positions, et moins encore de publier un manifeste », leur filiation formelle est flagrante. Difficile exercice que de les distinguer tant leur évolution stylistique est concomitante, certes déployée par Elvire Jean dans de petits formats tandis que Manessier s’épanouissait dans de grandes toiles. Leur passion commune pour la couleur et la lumière était-elle à ce point dévorante qu’elle assombrit les aspérités de tel ou tel, gomma les libertés de l’un ou de l’autre au point de rendre la lecture de l’ensemble monotone ? Ce sentiment domine malgré le parcours chronologique et thématique qui donne à voir l’évolution de leurs recherches entre non-figuration et non-abstraction. Qui accentue leurs lignes de force : de la création d’une partition colorée structurée et ordonnancée sous influence cubiste à l’émancipation de la forme par rapport à la réalité visible et tangible ; de la construction par juxtaposition de petites cellules au jaillissement de la lumière jusque-là filtrée, sous-jacente, diffuse. Mais aussi leurs faiblesses : une stupéfiante porosité entre les œuvres, peintures et dessins, quelle que soit la période, de la « Genèse de formes élémentaires » telles la ligne, la flèche ou l’étoile qui interagissent à « L’espace rayonnant » aux énergies discontinues, aléatoires et aux formes mouvantes, en apesanteur. L’exposition met à mal leurs singularités mais souligne, au contraire, l’identité commune d’un groupe qui développa sa peinture comme un chant intérieur, composa un « chœur » d’œuvres tour à tour quadrillées et rigoureuses, tumultueuses et chaotiques, apaisées et cosmiques. Avec la couleur, plus que la lumière, comme obsession tenace.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Janvier 2019

Photo: Jean Le Moal, Garrigue, 1959, huile sur toile, 81 x 100 cm © Jean Le Moal (1909-2007), Collection particulière © ADAGP, Paris 2018

 

En 2011, la Fondation Jean et Suzanne Planque a déposé au musée Granet le fonds du collectionneur suisse Jean Planque (1910-1998) constitué de quelque 300 peintures, dessins et sculptures depuis les impressionnistes et post-impressionistes jusqu’aux artistes majeurs du XXe siècle. L’essentiel est présenté dans la chapelle des Pénitents blancs, réaménagée en un nouvel espace d’exposition en 2013.

 

Traverser la lumière

jusqu’au 31 mars

Musée Granet, Aix-en-Provence

04 42 52 88 32 museegranet-aixenprovence.com


Musée Granet
Place Saint Jean de Malte
13100 Aix-en-Provence
04 42 52 88 32
http://www.museegranet-aixenprovence.fr/