The Crossing, premier long-métrage de Bai Xue, en salles le 12 août

Traversées minusculesVu par Zibeline

The Crossing, premier long-métrage de Bai Xue, en salles le 12 août - Zibeline

Un simple pont sépare l’immense Hong Kong de la mégalopole chinoise de Shenzhen : mais c’est un monde qui semble encore scinder le port aux parfums et sa voisine de Chine continentale. La réalisatrice Bai Xue fut de ces jeunes étudiants assez brillants pour se scolariser à Hong Kong, mais pas assez fortunés pour y vivre : elle connaît la vie de ces transfrontaliers quotidiens, qui ont vu depuis l’essor de Shenzhen leurs conditions de vie changer considérablement mais demeurent marqués, dans leur identité, par cette impossibilité d’habiter un territoire. Son héroïne, de son propre aveu, lui ressemble : la jeune Peipei, interprétée avec candeur et intelligence par Huang Yao, cherche sa place jusqu’au sein même de chaque plan. La beauté de Hong Kong, de ses couleurs et de ses lumières, transparaît tout du long, et doit beaucoup à la photographie soignée de Piao Songri : si bien que le regard amoureux que lui porte la réalisatrice semble épouser celui de son personnage. Inspirée de faits divers récents, l’intrigue parvient, tout en subtilité, à suggérer une profonde détresse sociale : le père absent n’apparaît que sur le sol hongkongais, quand la mère de Peipei, demeurée à Shenzhen, se livre à une prostitution occasionnelle. Peu de choix s’offrent à la jeune fille : ses atours de jeune écolière innocente n’échappent pas aux petits trafiquants de smartphones, qui s’empressent de la transformer en mule … Si la conclusion du récit pourra sembler un peu bâclée, la volonté manifeste de la réalisatrice de ne jamais juger ses personnages fait de The Crossing un film captivant, dont la tension ne retombe jamais. Une réussite, en somme.

 

SUZANNE CANESSA

Août 2020

Sortie le 12 août 2020

Photo © Po Wei Lin