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Vu par Zibeline

Instantanés de la création européenne hors les murs dans Travellings #5

Travellings, voyages en cœur de ville

• 26 septembre 2018⇒30 septembre 2018 •
Instantanés de la création européenne hors les murs dans Travellings #5 - Zibeline

Ce mercredi d’automne, une litanie ténue mais obsédante attirait l’oreille en bas de la Canebière : une dizaine de piverts avait élu domicile sur les grilles du Palais de la Bourse. Leur ramage, métallique, se rapportait bien à leur plumage, d’acier multicolore. Mû par un corps composé de circuits intégrés et de condensateurs, ces oiseaux robotisés reproduisaient par la frappe de leur bec les ondes électromagnétiques captées en temps réel dans une portée de 50m. Tantôt noyée dans le brouhaha environnant, tantôt prédominante le temps d’un feu rouge laissant le trafic s’assagir, la partition sonore de The Woodpeckers de l’Italien Marco Baretti donnait à voir l’invisible, en matérialisant les radiations émises par téléphones portables et autre appareils sans fil. Quelques pas plus loin, sous l’ombrière du Vieux-Port, l’artiste néerlandais Nick Steur défiait la gravité en jouant sur un subtil équilibre de forces, pour bâtir à vue une monumentale sculpture de pierres. Pas de transats finalement pour reconstituer le cosy salon de plein air promis (lire Zib’ n°3), mais bel et bien des barrières Vauban enserrant l’installation, laissant malheureusement le public un peu à distance. Ce work in progress de 5 jours offrait toutefois un bel instant de contemplation, le minéral défiant la mer miroitante, dardé des rayons évolutifs du soleil aux différentes heures de la journée.

Cours d’Estienne d’Orves, un cochon de taille modeste -environ 1m au garrot- interpellait le passant pour la contribution à une cagnotte. La monnaie collectée au fil des heures, apparaissant dans son dodu ventre de plastique, se devant d’être dépensée pour une cause commune. Quelques heures à peine après son installation, la tirelire géante imaginée par le Britannique Seth Honnor avait été déjà été ouverte deux fois, sur la foi d’une décision prise à l’unanimité : y piocher un peu d’argent à distribuer aux sans-abris. En remontant sur la place Charles de Gaulle, 28 pupitres plantés dans la pelouse exposaient quelques morceaux choisis -pour leur virulence- d’hymnes nationaux européens. L’installation du Tchèque Richard Wiesner, Twenty-eight, tirait surtout sa force de son lieu d’implantation : au pied de la Croix de Lorraine commémorant l’Appel du 18 juin, symbolisant tout autant la partition européenne restant à écrire qu’un hommage muet aux cimetières militaires. Ces quatre exemples choisis de la 5e édition de Travellings démontrent la volonté de son organisateur Lieux Publics : après deux années confinées dans les environs de la Cité des arts de la rue (Marseille 15e), le Centre national de création en espace public a tenté un geste fort en réinvestissant le cœur de ville. Malgré de draconiennes conditions de sécurité ayant conduit à des délocalisations in extremis, l’intention de renouer avec l’essence de la manifestation était visible : proposer des instantanés d’une création européenne hors les murs, en écho avec un contexte urbain qui en décuple sa portée.

JULIE BORDENAVE
Octobre 2018

Photo: La sculpture de pierres de Nick Steur c Marie Christine Ferrando

La 5e édition du festival Travellings a eu lieu du 26 au 30 septembre à Marseille