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Vu par Zibeline

Trans Kabar ou l'art de la joie à la Cité de la Musique

Trans Kabar, l’esprit est là

Trans Kabar ou l'art de la joie à la Cité de la Musique - Zibeline

« Il est encore temps de se lever et de bouger tout ça ! » exhorte Jean-Didier Hoareau, l’enthousiaste chanteur de Trans Kabar, avant d’entamer le dernier morceau de la soirée. À ce moment là, il y a beau temps déjà que la plupart des spectateurs s’est dégagée de l’ankylose du siège pour répondre à l’impérieux appel du rythme. Aux quatre coins de la salle, les pieds s’affolent, les hanches chaloupent, s’avoisinent, dans une inénarrable chorégraphie, dont la seule cohérence semble être la joie de se déborder ensemble. Et comment imaginer qu’il en fût autrement, tant la musique de Trans Kabar sonne comme une invitation à l’exultation des corps et à la réunion des esprits, dans la grande tradition du Maloya.

Ce genre musical réunionnais, apparu sur l’île à partir du XVIIe siècle et fruit du métissage progressif entre esclaves et colons, demeure, outre ses dimensions populaires et festives, le marqueur d’une identité forte. Craignant ses intonations émancipatrices, l’administration coloniale ira même jusqu’à réprimer lourdement sa pratique dans les années 50 et 60. Le Maloya finit pourtant par s’extraire de la clandestinité dans les décennies suivantes, mâtinant la coutume de modernité, par imprégnation de rock, de jazz ou de reggae, sans toutefois perdre de vue ses origines. « C’est vrai qu’on ne joue pas avec des instruments traditionnels, mais l’esprit est là, c’est ce qui compte. » glisse entre deux morceaux Jean-Didier Hoareau, qui s’accompagne néanmoins du kayamb, instrument percussif emblématique de la Réunion.

Idéalement complété par Stéphane Hoareau à la guitare,  à la batterie, Trans Kabar oscille entre mélopées langoureuses et rengaines endiablées aux accents incantatoires, auxquelles la salle est souvent invitée à adjoindre un contre-chant. Jusqu’au bout, le rythme, renforcé par les secousses des sursauts cadencés du public, ne faiblira pas, bien au contraire. La preuve qu’aujourd’hui encore, les particularismes peuvent aussi rassembler.

LOUIS GIANNOTTI
Mai 2018

Trans Kabar s’est produit le 21 avril à la Cité de la Musique, Marseille

Photographie : Cité de la musique © N’Kruma Lawson Daku


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