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Un Opéra de Quat'sous rafraîchissant à l'Opéra de Toulon, sous la direction de Nicolas Krüger

Tranchant !

Un Opéra de Quat'sous rafraîchissant à l'Opéra de Toulon, sous la direction de Nicolas Krüger - Zibeline

Que penser de la célèbre phrase du philosophe et musicien Théodore W. Adorno:« voilà de la musique utilitaire qui se laisse utiliser!» dans le contexte de la création de L’Opéra de Quat’sous ? Donné en création à Toulon, l’ouvrage du compositeur allemand Kurt Weill sur un livret de son compatriote Bertolt Brecht pose question. En effet, s’agit-il d’un opéra, d’une pièce de théâtre avec des passages chantés ou de ce que l’on appellera plus tard une comédie musicale ? Cette composition est en fait tout cela à la fois, un coup de génie conjoint ce qui fait de ses auteurs des précurseurs. L’orchestration tout d’abord ne ressemble en rien à ce que l’on a coutume d’entendre dans les temples de l’art lyrique : piano, contrebasse et batterie agrémentés de cuivres et bois sonores y font plus penser à une fanfare de style dixieland jazz band qu’à un orchestre de type classique. Les voix non plus ne nécessitent pas des qualités particulières en matière de qualité d’émission. La musique présente donc une suite de songs d’aspect très pop et au style cabaret pimenté par des talents de mélodiste hors pair. L’histoire de Mack the knife (ou Mackie-le-surineur en français), libre adaptation de The Beggar’s Opera, succès britannique du XVIIIème siècle, raconte les bas-fonds londoniens et leur vie trépidante, l’insécurité, la prostitution, la mendicité et la corruption, des thèmes sociaux chers au librettiste qui y voyait là tous les vices du capitalisme. Mais outre la satire acide d’une société déliquescente, ce qui inscrit l’adaptation dans la nouveauté c’est l’absence de noirceur du dénouement, le bandit étant in fine relâché. Cette histoire sordide qui finit en conte de fée fut la clé du succès de l’ouvrage, celui-ci y perdant son aspect dramatique au profit d’un comique idéaliste. Avec une vigueur et une verve gouailleuse sans égale, les acteurs de l’histoire donnaient vie à cette farce au goût amer dans un décor unique et sombre mais modulable, tant dans les parties parlées que dans les parties chantées où les instrumentistes donnaient parcimonieusement, mais joyeusement, la réplique, aidés par la direction souple de Nicolas Krüger pour un spectacle plutôt rafraîchissant.

EMILIEN MOREAU
Mars 2016

L’Opéra de Quat’sous a été donné les 1er, 4 et 6 Mars 2016 à l’Opéra de Toulon

Photo © Frédéric Stéphan

 


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