Madama Butterfly fait sensation à l'Opéra Grand Avignon

Tragédies ordinairesVu par Zibeline

Madama Butterfly fait sensation à l'Opéra Grand Avignon - Zibeline

Dans ses choix de programmation comme dans la qualité musicale de ses production, l’Opéra Grand Avignon gagne décidément en ampleur cette saison. Après un Peter Grimes signant un retour fracassant sur sa scène mythique de la Place de l’Horloge, c’est à Madama Butterfly que l’orchestre et le chœur s’attellent avec autant de panache et de professionnalisme. Sous la direction de Samuel Jean, la phalange se révèle tout aussi unie et inspirée qu’en début de saison : dès le lever de rideau, son fugato amalgame sonorités européennes et harmonies asiatiques, où s’immiscera un hymne américain pompeux, prompt à écraser tous les autres thèmes, comme l’Amérique de Pinkerton écrasera à son tour le Japon de Cio-Cio-San. Les chœurs, certes grimés en nippons alors qu’Héloïse Koempgen fera l’économie d’un tel maquillage, se montrent investis scéniquement comme vocalement parlant. La mise en scène de Daniel Benoin s’inscrit dans la lignée de celle du directeur de la maison, Frédéric Roels, et de son traitement de l’action de Peter Grimes. Légèrement décalée dans le temps, elle ne fait qu’abonder dans le sens de l’œuvre. La rencontre entre Pinkerton et Cio-Cio-San a ainsi lieu au lendemain d’Hiroshima, la maison promise à la geisha repentie ne lui est offerte que sur plan et ne s’érigera jamais sur les débris. Triste à pleurer, cette tragédie ordinaire bénéficie d’une belle distribution : la Suzuki de Marion Lebègue comme le consul de Christian Federici impressionnent tout du long. Noriko Urata, formidable Butterfly sur le premier acte malgré une méforme tangible, sera remplacée au second par une Héloïse Koempgen moins chevronnée mais d’une ampleur vocale à suivre de très près. Le Pinkerton d’Avi Klemberg, robuste dans ses aigus et impressionnant sur son medium, insuffle à son rôle de salaud ordinaire une grâce certaine.

SUZANNE CANESSA
Novembre 2021

Madama Butterfly a été joué les 12, 14 et 16 novembre à l’Opéra Grand Avignon

Opéra-Théâtre du Grand Avignon
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