L’amour de Phèdre de Sarah Kane par la Compagnie La Variante au Vitez

Tragédie en barbecueVu par Zibeline

L’amour de Phèdre de Sarah Kane par la Compagnie La Variante au Vitez - Zibeline

La Compagnie La Variante s’empare de la pièce de Sarah Kane, L’amour de Phèdre. Éperdument amoureuse de l’indifférent Hippolyte, fils de son époux Thésée, Phèdre l’accuse de viol et le jeune homme à l’immaculée chasteté (dans les pièces antiques et raciniennes) sera condamné à mort. Dans la pièce de Sarah Kane, toute « bienséance » jetée aux orties, on découvre un Hippolyte avachi devant sa télévision, bouffeur de chips et de jeux vidéo, fornicateur de première, dédaigneux, arrogant, goujat, une Phèdre entreprenante, fascinée par un beau-fils dont tout devrait la repousser. Apparaissent de nouveaux personnages, un médecin désabusé, une fille de Phèdre, Strophe, la seule, sans doute, consciente de l’horreur à venir, et de celles passées, un curé… Absence de dieu, déliquescence des relations humaines, classe dominante justifiant l’injustifiable, sont passés à la moulinette avec jubilation… Un certain Ico apparaît, voulu par le metteur en scène initial, Michel Ducros, trop tôt disparu, tenant le rôle d’un auteur un peu dépassé par l’ampleur de la tâche à venir : « Par où commencer ? » débute-t-il, et, s’adressant aux personnages immobiles qui attendent de s’incarner dans les mots, « Pourquoi allez-vous dire ce texte ? ». Les didascalies énoncées aux acteurs figés (qui se gardent bien de les mettre en application, ouf !), nous font entrer dans le cœur d’un discours théâtral, remis en question par des comédiens qui s’insurgent parfois invoquant les limites de ce qui peut/doit être joué ou pas. S’instaure une dialectique iconoclaste entre la fiction, les éléments de réel, le jeu scénique, la puissance évocatrice du langage, grâce à la finesse de la reprise de la mise en scène par Danielle Bré. Manque sans doute dans le vortex gore de la fin (boyaux sur barbecue et meurtres en série, dont les excès suscitent le rire, et déplacent la pièce dans l’esthétique des « Cinémastock » d’Alexis et Gotlib), la dimension métaphysique qui aurait donné une dimension universelle à cette œuvre, défendue avec brio par ses acteurs.

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2020

L’amour de Phèdre a été créée le 28 janvier au théâtre Antoine Vitez, Aix-en-Provence

Photographie : L’amour de Phèdre © Philippe Nou

Théâtre Antoine Vitez
29 Avenue Robert Schuman
13100 Aix-en-Provence
04 42 59 94 37
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