Vu par Zibeline

Quelques films parmi les 153 présentés au 26ème Festival International de Cinéma de Marseille

Traces

• 30 juin 2015⇒6 juillet 2015 •
Quelques films parmi les 153 présentés au 26ème Festival International de Cinéma de Marseille - Zibeline

«Être sur le FID» est toujours une aventure. Et une fois encore, le Festival, marseillais et international, a été un succès !

Marcher sur les grandes routes des compétitions, se promener sur les chemins des Écrans Parallèles, bifurquer par les Sentiers, courir entre les Variétés, le MuCEM ou la Villa Med dans la chaleur accablante de ce mois de juillet, pour essayer de faire coïncider les horaires d’un programme foisonnant. Mais rien ne décourage le désir de films, de sensations, de découvertes qu’offre le FIDMarseille.

Désirs

C’est bien ce désir obstiné qu’incarne Manoel de  Oliveira dont le FID présentait cette année une rétrospective passionnante. Chapeau blanc à la main, lunettes noires, sourire aux lèvres, Manoel de Oliveira danse, esquisse une pirouette, s’ôte l’appui de sa canne dont il se fait une guitare, et meneur de revue, entraîne à sa suite les jeunes danseurs qui l’accompagnaient. Il a alors 99 ans. Il a encore sept ans à vivre, c’est à dire à désirer faire du cinéma. Il y a de l’impertinence dans cette vitalité, un pied de nez à la Parque qui l’attend avec ses grands ciseaux de monteuse à l’ancienne. Une séquence de quelques secondes de cette vidéo a précédé les projections, rendant hommage au grand réalisateur portugais dont le FID proposait une rétrospective. Vingt métrages longs et courts, dont le très attendu : Visita ou memórias e confissões, que Manoel de Oliveira a désiré ne rendre public qu’après sa mort et dont trois copies avaient été mises sous scellés à cet effet. Tournée en 1981, après une série de chefs-d’œuvre -alors qu’à 73 ans, Oliveira ne savait pas qu’il avait encore devant lui 25 films à réaliser- cette réflexion poétique ouvre des portes, au propre comme au figuré, sur le travail passé et futur de l’artiste. On visite une maison vide, celle qu’Oliveira a occupée pendant 40 ans avec sa famille avant de la vendre pour éponger ses dettes. Les lieux se peuplent de souvenirs et les souvenirs se matérialisent dans les lieux, dans une liberté de formes qui défie tout académisme.

Même liberté chez Miguel Gomes, un autre Portugais mis à l’honneur cette année, dont la trilogie fleuve Les Mille et une nuits, épousant le dispositif du conte persan pour parler de la crise économique et morale de son pays, met la fiction au cœur du cinéma bousculant les genres et les formats. Et qui, dans sa master class, parlait du plaisir de ne pas tout savoir à l’avance, de ne pas tout contrôler, de laisser Shéhérazade sans fin jouer des désirs et de la frustration (lire critique  ICI)

Sensations

Pieds nus qui, délicatement, avancent sur des feuilles mortes dans une forêt. Une grotte : mains qui en caressent les parois ; ombre et lumière, clapotis de l’eau, bruit du vent, ombres chinoises, noires corneilles sur le blanc de la neige, cerfs aux bois joliment éclairés par la lune. Tout est sensation, essai de faire surgir l’invisible, les images de l’enfance, dans le film de Claire Doyon, Les allées sombres, premier volet d’un triptyque.

C’est à une autre expérience sensorielle, plus rude, à laquelle nous invite Andrei Schtakleff dans La Montagne magique. On en sort avec le besoin irrésistible d’aller vers la lumière. De longs travellings dans les galeries d’une mine d’argent à Potosi, ponctués de pauses : des mineurs boliviens, épuisés, mangent, parlent des études de leurs enfants ou de femmes ; des touristes, peu habitués à l’atmosphère, suffoquent, comme le spectateur qui a eu le temps de voir, pendant une heure, le travail harassant de ces travailleurs qui cassent des pierres, extraient, filtrent, récupèrent le minerai dans des rouleaux de papier qu’ils ont fabriqués. Une immersion dans le monde de la mine dont on sort épuisé (Prix Georges de Beauregard et de l’Institut Français).

Sans oublier Psaume de Nicolas Boone (écouter sur WRZ ce qu’il nous en dit) qui a obtenu le Prix CNAP (Centre National des Arts Plastiques) et le Prix des Lycéens, tous deux attribués pour la 1re fois cette année.

Villes

Faire le portrait d’une ville à partir de quelques-uns de ceux qui l’habitent ou tentent d’y vivre, telle est la démarche de Jean Boiron-Lajous dans Terra di nessuno, en compétition Premier (écouter ICI ) pour Trieste, ou de Lamia Joreige dans And the living is easy. Beyrouth, 2011, au début des «printemps arabes» semble en suspens. Cinq personnages, en retour ou en partance, vivent leurs histoires d’amour dans leurs lieux familiers ou dans ceux que la réalisatrice avait le désir de filmer. «Un film qui s’est construit organiquement.» Le musicien Tarek Atoui, Raia, Mireille, Anna, des proches de Lamia parlent de la vie, de leur travail, de leurs choix ou leurs doutes sans oublier Firaz, choisi par casting, par qui on découvre la banlieue sud. De longs plans séquences sur les avenues qui traversent la ville, longent la corniche, donnent à voir Beyrouth, ses immeubles reconstruits et sa lumière. Un film puzzle qui se clôt par une barque qui tangue, possible métaphore d’une ville qui se cherche.

Alex Gerbaulet, elle, a choisi de mêler présent et passé, grande Histoire et histoire personnelle pour parler de Salzgitter, une cité industrielle de l’Allemagne de l’Ouest, très marquée par le régime nazi. Elle utilise des matériaux composites, archives officielles ou privées, photographies, images du présent de son père qui fait du jogging, journal intime de Doris, sa mère disparue prématurément qu’incarne Susanne Sachsse. Dans Schicht, rythmé par la voix off et des motifs récurrents, Alex Gerbaulet fait remonter le passé de sa ville natale et son histoire familiale et c’est un superbe travail, qui a obtenu le prix Premier.

«Laisser survenir l’inattendu», être ouvert pour accueillir tous ces films qui émeuvent, dérangent, irritent, réjouissent, en tout cas qui ne laissent jamais indifférent… Et dont on gardera les traces jusqu’au FID prochain…

ANNIE GAVA ET ÉLISE PADOVANI
Juillet 2015

Le FIDMarseille, Festival International de Cinéma de Marseille a eu lieu du 30 juin au 6 juillet

Extraits du palmarès

Grand Prix de la Compétition Internationale : Entrelazado Entangled de Riccardo Giacconi-Colombie

Prix Georges de Beauregard International : Santa Teresa & Otras Historias de Nelson de Los Santos Arias-Mexique

Grand Prix de la Compétition Française : Dans ma tête un rond point d’Hassem Ferhani

Palmarès complet : www.fidmarseille.org

Photo: Dans ma tête un rond point d’Hassem Ferhani – Allers Retours Films

 

 


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