Quand les enfants dessinent la guerre. Déflagrations, exposition aussi remarquable qu'éprouvante à voir au Mucem

Tracer l’exorcismeVu par Zibeline

• 2 juillet 2021⇒29 août 2021 •
Quand les enfants dessinent la guerre. Déflagrations, exposition aussi remarquable qu'éprouvante à voir au Mucem - Zibeline

« Certains dessins de cette salle peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes ainsi que des personnes non-averties. » Le Mucem fait bien d’alerter ses visiteurs, car même averti il est difficile de retenir ses larmes à la vision de certaines œuvres de l’exposition Déflagrations. Soutenue par l’anthropologue Françoise Héritier, Zérane S. Girardeau a constitué depuis 2013 un corpus impressionnant de dessins d’enfants pris dans les conflits armés et les crimes de masse, partout sur la planète. Grande Guerre, génocide arménien, Guerre d’Espagne, Shoah, Rwanda, Syrie, Darfour, Niger, Tchad, Birmanie, Cambodge, Palestine… Ils sont innombrables, les charniers et champs de mine du XXe, et le XXIe siècle semble poursuivre dans la même veine ensanglantée.

Les petits auteurs ont témoigné, par leurs œuvres, des horreurs dont ils ont été témoins, ou victimes : bombardements, mutilations, viols, émasculations, torture, mariages forcés, exil, deuil, privations, villages décimés, maisons incendiées, enrôlement de force. Ils ont eu le courage de le faire, à nous de ne pas détourner les yeux. Même brouillé de chagrin, incrédule devant ce que les êtres humains peuvent infliger à leurs enfants, notre regard sur leurs exorcismes devrait produire un électrochoc. Surtout, lit-on sur le site du projet, « quand les discours “enflammatoires” et les passions funestes n’en finissent pas de ressurgir -replis identitaires, stigmatisations de boucs émissaires, fanatismes ethniques, nationalistes, religieux, brutalité des frontières avec toutes sortes de murs et clôtures…les “traces” laissées par les enfants sur un siècle de violences de masse nous enseignent et nous alertent ».

Sur les cimaises du musée, Déflagrations, « grâce au langage à la fois universel et infiniment personnel qu’est l’expression graphique », rend hommage à l’acte de dessiner, qui permet de sortir de la sidération. « Un geste de vie au milieu des dévastations […], un défi d’humanité ». Enki Bilal, auteur de bandes dessinées puissamment politiques, a relevé le défi avec tout son talent. Artiste associé de l’exposition, il reste à sa juste place, sans envahir l’espace, entrant dans un vrai dialogue avec le trait enfantin. Il répond au dessin de Fils, jeune Rwandais de 9 ans, reprend Guernica en y intégrant quatre personnages créés par des enfants, sans que ceux-ci, à l’ombre de Picasso, ne pâlissent. Et livre aussi une sculpture intitulée Champ de bataille avec armes de guerre, réalisée par l’atelier marseillais Sud Side, spécialement pour le Mucem : une bombe au milieu des parpaings, avec, dressés, un crayon et un pinceau.

Comme c’est le cas de chacune des œuvres exposées, elle dit la résistance, la vitalité, la créativité face aux pulsions de mort.

GAËLLE CLOAREC
Juillet 2021

Déflagrations
Dessins d’enfants et violence de masse
jusqu’au 29 août

Mucem, Marseille
04 84 35 13 13 mucem.org

Photos : Enki Bilal, Six artistes pour traduire l’horreur, 2020 Interprétation-montage réalisé par Enki Bilal, avec intégration de quatre dessins d’enfants des guerres à partir de Guernica de Pablo Picasso, 1937, huile sur toile, 3,93 x 7,76 m © Enki Bilal, avec l’aimable autorisation de Picasso Administration et Fillette syrienne, 14 ans, dans un atelier expression graphique à Alep, été 2013. Solinfo -c- G.C.


Le Mucem expose tous azimuts !

Depuis sa réouverture post-confinement, le musée des civilisations, de l’Europe et de la Méditerranée présente de nouvelles expositions. Retours ici sur  Les Résistances de A à Z, Civilization – Quelle époque !, Le Grand Mezzé et Le désir de regarder loin.

Mucem
Môle J4
13002 Marseille
04 84 35 13 13
mucem.org